
40. Élémentaire, mon cher Quarkson
« De toutes les choses que nous percevons, seul l’amour transcende les dimensions temporelles et spatiales. »
Interstellar
La texture de la toile de verre est absolument fascinante.
J’y observe ce petit, tout petit point en relief. Il est entouré de six autres points, eux-mêmes également cernés, et ainsi de suite. Quand l’œil perd son focus sur ce point anodin, soudain le mur apparaît submergé d’une galaxie de points en relief qui tentent d’échapper à leur condition de micro planètes sur une toile intissée collée à du Placoplatre.
Peut-être que notre univers et ses voisins ne sont, eux aussi, que les petits points d’une tapisserie dans la salle d’attente de radiologie d’un monde qui nous dépasse ?
Entre chaque point s’étire l’Espace, ce faux vide mystérieux garni de matière noire et d’énergie noire. Personne ne sait de quoi cette dernière est composée, elle nous borde et nous frôle et nous étreint de ses 70 % du Grand Tout. Ça fait relativiser.
Sur ce minuscule point planétaire en relief, je suis plus petite qu’un atome. Je suis un petit rien, grande comme un quark. Une particule élémentaire dont les cordes vibrent dans beaucoup plus de trois dimensions.
Lorsque la toile de verre se fend à l’ouverture de la porte tel un trou noir aspirant, je suis inhalée de la salle d’attente jusqu’aux poumons de la machinerie d’imagerie médicale. Je ne sais pas dans quel état je serai recrachée de ce sidérant voyage sidéral.
Selon la théorie du chat mort-vivant à la sauce Schrödinger, je me rapproche ou je m’éloigne du game over en attendant les résultats des examens, ma décohérence quantique.
Mais une autre hypothèse peut suppléer celle du minou-zombie : la possibilité des univers parallèles, ou multivers. Une infinité d’univers-bulles, avec chacun ses propriétés propres.
Si je n’étais pas dans deux états superposés « plus près plus loin », mais dans deux univers ? Dans une multitude d’univers distincts ?
Dans l’univers 1, je m’éloigne de la destination finale. Après avoir reçu le feu vert de l’appareil qui n’existerait pas sans la physique quantique, je laisse zombieland de côté. Je reprends et réapprends ma vie d’avant. Grosso merdo.
Dans l’univers 2, je me rapproche du grand saut. Je serre les dents et j’ai peur, je stratégise et je choisis de nouvelles options en enfilant mon armure.
Dans l’univers 47, je gagne au loto et je découvre le monde avec les Trolls à l’aide d’un billet d’avion open qui nous permettra de voyager jusqu’à plus soif.
Dans l’univers 153, après avoir trouvé ma spiritualité, j’accouche d’un best-seller sur la méditation et je deviens meilleur pote avec Gwyneth Paltrow.
Dans l’univers 2026, j’ai rejoint un laboratoire rebelle de recherche et à coup de thé vert, d’acharnement et de beaucoup de chance, nous découvrons la combinaison de molécules qui fera vivre les cancéreux des dizaines et des dizaines d’années.
Dans l’univers 574087, je suis un caillou. C’est moche.
Mme B. ? Bonjour, c’est à vous.
Ah, il faut y aller.
Treizième IRM.

