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66. Joyeux Zombieversaire!

 

 

 

« Buvons du thé encore du thé en nous souhaitant, mon cher, un joyeux non anniversaire, mon cher ! »

 

Alice au pays des merveilles

 

 

Joyeux zombieversaire,

Joyeux zombieversaire,

Joyeux zombieversaiiiire… Aaaaaa,

Joyeux Zombieversaire!!!!

 

Clap clap clap!!!!

 

 

Nan mais qu’est ce que je fous là?

Je recouvre ma gorge rougissante de mes mains pour me donner une contenance et j’essaie de ne pas trop gigoter dans mon siège et trahir ma gêne intense. Je n’aime pas les fêtes. Ce monstrueux gâteau m’atterre. Et plus que tout, je déteste être le centre de l’attention.

Pourquoi ces certitudes inutiles sonnent-elles clairement dans mon esprit, alors que tout ce qui constituait ma vie d’avant m’échappe complètement?

Après la chanson, on me passe une énorme part de gâteau et je regarde avec dubitation l’assiette ultra glucosée posée devant moi. Un coulis rouge vif s’échappe en goutte à goutte du glaçage et s’étale paresseusement autour de la tranche.

Pas miam.

 

Tout ça c’est la faute des jumeaux, ils m’ont traînée ici.

Après l’enterrement de Miou et la petite discussion sur les goûts particuliers de la Reine de Cœur, je suis enfin sortie de mon état catatonique. Une grande colère et une conviction profonde l’ont remplacée, et la lecture de la page de l’éphéméride a enfoncé le clou. Depuis mon humeur oscille constamment entre le chaud et le froid. Une rage intense me consume, le vent glacé de la vengeance me pousse. Ma résolution ne diminue pas avec les jours qui passent. Elle a comblé le trou béant laissé par la mort de Miou et a emporté mes incertitudes, mes questionnements, mes peurs. Elle s’ancre en moi un peu plus à chaque minute.

Je suis fixée sur un seul objectif : la faire payer, la faire souffrir, me venger.

 

Dee et Zee ont accepté mon obsession d’abord avec amusement, puis une considération attentive lorsqu’ils ont lu l’éphéméride. Ils sont costauds, aguerris, ils savent se battre et j’ai grandement besoin d’apprendre. Sous leur air rustaud du premier abord se cache une vraie gentillesse. Ils m’ont pris sous leur aile et veulent bien m’enseigner l’art de la défense et de l’attaque.

Mais pour le moment, je n’apprécie pas du tout leurs conseils.

Tu vas voir, qu’ils disaient, tu vas rencontrer des gens sympas, ça te redonnera le moral.

Et puis il y aura à manger et à boire, qu’ils disaient, tu pourrais essayer, ça te ferait du bien.

Hein?? Par quel trou tu manges? … ben t’en as des questions!

 

Maintenant je suis dans la tea party la plus bizarre qu’il m’ait été donné de voir. A notre arrivée, Dee a fait de succinctes présentations et a empêché Zee de parler avec une bonne taloche derrière la tête. Personne n’a fait de commentaire et je suis devenue l’invitée d’honneur de la petite sauterie, qui a subitement tourné en fête de zombieversaire. Quoique que cela veuille dire. Les jumeaux se sont assis en face de moi et ils s’empiffrent comme des gorets. Ils sont tellement gloutons que ça me ferait presque peur, mais j’imagine que leur masse musculaire engloutit la totalité des calories.

 

En bout de table trône l’hôte de la fête, MadHat. Dire de lui qu’il est complètement barré serait encore un cran en-dessous de son niveau de bargitude. Il parle parle parle, chantonne une comptine et fait régulièrement tourner son chapeau sur sa tête, comme s’il faisait du hula hoop du crâne. Soudain il s’arrête et me fixe intensément:

– Respire!

Puis il reprend sa ritournelle comme si de rien n’était. Ça fait deux fois qu’il me fait le coup, peut-être qu’à la troisième je ne sursauterai plus.

A ses côté, Mars, un lapin très ressemblant à mon voleur de tête, m’épie de ses yeux bridés tout en découpant le gâteau à coup de katana d’une précision mortelle. Tellement vite que j’ai l’impression qu’il ne fait que l’effleurer. Il sert maintenant adroitement le thé et fait passer les tasses à ses voisins.

De l’autre côté de MadHat est assise la grande bleue. Celle qui m’a abandonnée à la fumée dans le bureau il y a quelques jours. Elle tire sur sa cigarette comme si sa vie en dépendait et annone quelques réponses de politesse à son voisin.

– C’est tellement vrai, mais oui tellement vrai… Mmmm…

Il reste un siège libre en bout de table à côté de moi.

 

– Alors A, tu ne veux pas rentrer chez toi?

Je me retourne vers MadHat qui m’interpelle.

– Si. Bien sûr que si. Je veux juste retrouver ma tête pour savoir où c’est, chez moi.

– Alors pourquoi ne bois-tu pas ton thé? demande Mars.

Encore une histoire sans queue ni tête. Mais bon, je me souviens du coup du mouchoir. Je sais qu’ici les apparences sont trompeuses et de simples objets peuvent s’avérer d’une utilité redoutable. Je fixe la tasse de porcelaine fumante. Mais quand même… ils sont bêtes ou quoi? Personne n’a l’air de comprendre que je ne peux ni manger ni boire sans bouche.

– Tiens, ce sera plus facile avec ça.

Une boite est placée devant moi. Je suis du regard la main blanche qui l’a déposée sur la table. Bras blanc, museau qui frétille et grandes oreilles immaculées… Oh punaise, le lapin blanc! Je me lève d’un coup et la chaise derrière moi tombe violemment. Je me saisis d’un couteau que je place sous la gorge du lapin tandis que je lui attrape les oreilles de l’autre main.

– Où. Est. Ma. Tête ?

 

 

 

 

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