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63. Cry me a river Zombie girl

 

 

« Aucune épreuve n’a jamais été surmontée en versant des larmes. »

 

Alice au pays des merveilles

 

 

 

 

 

 

 

Je me mets au bord du fossé pour avancer, à l’opposé de celui que j’ai sauté tout à l’heure, et mon regard se perd à l’horizon. De ce côté-ci pas de colline mais une grande plaine avec de très hautes herbes. Je crois voir des ombres s’agiter à l’intérieur, ce n’est peut-être que le vent.

J’essaie de ne pas me faire bousculer, mais je ne fais plus trop attention aux autres et je me cache dans mes pensées.

 

On aurait dû faire autrement. On aurait pu faire autrement. On est très nombreux, à nous tous on aurait pu affronter la menace plutôt que fuir chacun pour soi. Je me sens très seule, très fatiguée, dégoûtée de moi-même.

 

 

J’ai l’impression d’avoir touché le fond, que je ne pourrai pas tomber plus bas.

 

 

 

J’aimerai avoir Miou dans mes bras. Est ce qu’il va bien? Si je ne l’ai pas encore trouvé, c’est qu’il a dû s’échapper. N’est-ce pas?

Allez, il faut garder espoir.

Tant que je ne sais pas ce qu’il en est, je peux me dire qu’il est en sécurité.

Qu’il a pu réchapper à la masse de gens incontrôlables, et qu’il m’attend de l’autre côté.

Tant que je ne l’ai pas trouvé, c’est la réalité. La vérité. On pourrait juste se retrouver de l’autre côté.

Je n’ai qu’à sauter ce fossé, et..

 

 

 

C’est là que je l’aperçois.

A une vingtaine de mètres, dans le fossé. Une petite forme blanche.

 

 

 

 

Oh Non.

Non.

Non non non nononononnonn!  Miou!!! Miou!! Miouuuuuu!!

 

 

 

 

Je cours vers lui et je m’accroupis au bord du fossé, mais je perds ma voix quand je le vois.

Je ne peux plus rien pour Miou, c’est trop tard.

 

J’arrive trop tard.

 

Je m’accroche au bord du fossé et je me laisse tomber en glissant le long de la paroi, deux mètres plus bas. Je m’égratigne les mains mais je ne le sens pas, pas vraiment.

Je ne vois que du blanc, blanc aveuglant, mes oreilles bourdonnent, j’ai un vide béant dans la poitrine. Je ne ressens plus rien.

Je me vois faire les choses comme si j’observais quelqu’un d’autre.

 

Je tombe à genoux devant lui, et je l’attrape délicatement pour le serrer contre moi.

Je suis secouée de sanglots silencieux même si je sais que les larmes ne pourront pas tomber. Je lui parle, je m’excuse. Une suite de mots sans vraiment de sens. Je suis tellement désolée, tellement désolée d’avoir été lente, d’avoir été bête, de ne pas avoir été là.

 

Tellement désolée Miou.

 

 

 

Je reste comme ça très longtemps, prostrée avec le corps sans vie de Miou dans les bras.

Les gens continuent d’avancer dans la Traverse au dessus. Le jour passe, décline.

 

 

 

Je perçois des mouvements de l’autre côté du fossé également, des petits bruits. Je me sens observée mais je ne me retourne pas. Quoique que ce soit, qu’il m’attrape, qu’il me fasse disparaître, qu’il fasse ce qu’il veut. Je m’en fous.

 

 

 

Quelqu’un saute dans le fossé et s’approche derrière moi.

 

Une main se pose sur mon épaule et la serre un peu, gentiment.

– Ça va aller petite, je vais t’aider à remonter. Tu veux retourner dans la Traverse?

 

Un frisson me traverse. Non. Non, je ne veux jamais retourner dans cet endroit. Je secoue légèrement les épaules pour faire comprendre mon refus à la voix rugueuse et je me recroqueville encore plus sur Miou et moi-même.

 

– Très bien, tu remontes de notre côté alors.

 

Notre? Je me redresse un peu et je jette un coup d’œil. La personne derrière moi est grande, et dans le clair-obscur je ne distingue pas ses traits, mais elle est seule.

 

 

– Lance la corde Zee!! On a une invitée.

 

Puis vers moi:

– Allez viens petite, je vais t’accrocher.

 

Je me fais relever en douceur, puis je suis maintenue tandis que la corde est passée autour de ma taille. Je ne réagis pas quand je suis soulevée comme une poupée désarticulée, je m’accroche juste à Miou dans mes bras.  En haut du fossé je suis attrapée, reposée sur le sol après avoir été libérée de la corde, et je m’affaisse sur mes genoux.

 

J’entends la personne qui était dans le fossé remonter à ma suite, et échanger avec celle qui a tiré la corde. Ils n’ont l’air d’être que deux, mais j’ai du mal à focaliser mon regard, et mes oreilles bourdonnent toujours. Je ne perçois pas vraiment ce qui se passe autour de moi.

 

 

Il y a juste Miou, là dans mes bras.

Il y a juste ce que j’ai à faire.

 

– Allez, il faut y aller maintenant. On ne peut pas rester trop longtemps à découvert.

– Je dois l’enterrer.

 

L’homme me regarde sans répondre, tandis que je relève lentement la nuque. Il soupire.

– Je comprends petite, mais le chat n’aurait pas aimé que tu te mettes en danger à cause de lui. Il faut qu’on y aille maintenant.

 

Cette fois c’est moi qui ne réponds pas, je le fixe de mon regard absent. Un visage aux traits sévères, des cicatrices, une stature de catcheur. N’a pas l’air commode. Après un échange silencieux et bizarre, c’est son compagnon qui intervient.

 

– Ecoute, on se met à couvert et je te trouve un endroit pour l’enterrer, d’accord? Un endroit en sécurité. Tu veux bien faire comme ça?

 

Je me tourne vers lui, et je m’aperçois que c’est la copie exacte du premier. Ils sont identiques, des jumeaux. Peut-être un peu plus de douceur dans les traits de celui qui vient de parler, un poil plus petit. Je ne suis pas trop sûre.

 

J’acquiesce, et il m’aide à me relever.

Ils entrent dans les hautes herbes. Après un temps d’hésitation, je les suis.

 

Je ne jette pas un regard à la Traverse.

 

 

Je resserre ma prise sur Miou et j’avance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 commentaires

  • Blanche-BT

    J’aime toujours autant te lire, tu nous transportes dans un « drôle » de monde, un peu sombre pour moi mais toujours aussi magique.

    « La logique vous mènera d’un point A à un point B. L’imagination vous emmènera où vous voulez. »
    Albert Einstein

    Il avait raison.

    Bonne continuation « Alice ».
    Biz

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