
41. Cet été ça sera montagne et escalade topless
« J’ai appris que l’essentiel dans la vie, ce n’est non pas d’être fort, mais de se sentir fort . Et le but c’est pas d’allez le plus loin mais c’est le chemin pour y arriver. »
Into the Wild
Depuis 4 semaines je bénéficie d’une radiothérapie, et ça c’est super cool.
Je fais toujours attention à bien utiliser ce mot, bénéficier, quand je suis avec mes docteurs ou même quand je me parle dans ma tête (oui c’est un peu moche, mais je fais ça, et même des fois je me parle à voix haute).
J’emploie le mot bénéficier car elle n’était tellement pas gagnée à la base cette radiothérapie que je la savoure à fond.
Il y a 18 mois on m’avait proposé de radiothérapier mon dos si les douleurs des métastases devenaient trop insoutenables, un soin de confort où tu ne peux plus dire « joue encore » avant 2/3 ans. Finalement c’est mon sein qui en bénéficie, pour éliminer un max de cellules cancéreuses qui se taperaient un cache cache avec le TEP scan.
Un peu comme si on sécurisait la zone d’une scène de crime, ou qu’on recherchait les possibles explosifs restant après un attentat.
Je me sens comme un chien d’intervention qui a eu du bol et a pu planter ses crocs dans la chair du criminel. Je l’ai secoué, je l’ai traîné jusqu’à ce qu’il arrête de se débattre, et je me suis assise sur lui pour l’immobiliser. Et malgré ses cris je ne l’ai pas lâché.
Lassy chien fidèle sous stéroïdes, c’est moi.
Cette radiothérapie je ne la vis pas comme une épreuve ou une contrainte, mais comme ma récompense personnelle, mon petit nonos avec grattage de bidou et félicitations. Tu as été une brave, brave Lassy. Ne relâche pas encore le monsieur.
C’est un one-shot, car à moins d’un progrès important dans le domaine de la radiothérapie dans les années à venir, je ne pourrai plus avoir de rayons sur le sein. Un dosage trop important de rayons X administré sur une même zone a des conséquences fâcheuses pour ton intégrité physique, du style nécrose, et ton corps n’évacue jamais l’énergie des petits photons, ça ne se recycle pas.
Comme j’ai gagné une dose 33% plus forte que la classique à la tombola de la radiothérapie, mon nichon n’est pas près de revoir l’accélérateur linéaire.
Donc cette année en juillet je suis privée de plage, mais c’est pas grave, à défaut de bronzette sous les rayons du soleil je fais du seins nus sous les rayons X.
J’avais décidé d’optimiser mentalement l’efficacité de ma radiothérapie par une sympatoche chorégraphie dans ma tête à chaque séance, histoire de me concentrer sur du positif. Et puis aussi ça me faisait rigoler de danser la Macaréna en me faisant bombarder de photons.
Je n’avais pas prévu que dans la salle des rayons il y a la radio, celle qui diffuse de la musique, Radio Caroline ou Hit West ou un truc du genre, ce qui est plutôt sympa. Mais du coup danser pendant la page de pub ou sur le bulletin météo ça le fait un peu moins. Je n’ai pas demandé aux manipulateurs d’éteindre pour mettre ma musique à la place, bonjour la grosse chiante, et j’ai plutôt essayé de trouver un autre truc motivant à faire dans ma tête.
Et bizarrement je me suis concentrée sur une activité où je suis très très mauvaise et que je trouve franchement hyper douloureuse: l’escalade.
J’ai essayé il n’y a pas longtemps et on peut qualifier mon niveau de médiocre. Nan plus honnêtement: extrêmement nul. Ça fait mal partout de grimper, surtout aux bras car il faut tracter son corps et se maintenir. Ça nécessite d’avoir le haut du corps très musclé.
Et moi, ben je suis fichue comme beaucoup de femmes avec une répartition du poids 60/40: j’ai une concentration de poids gras+ muscles beaucoup plus importante dans la partie inférieure du corps. Normal. C’est la nature qui nous a faites comme des bouteilles de coca pour procréer.
Evidemment n’avoir jamais exercé ses bras et s’être gavée de nutella pendant 38 ans ça n’aide pas non plus.
Mais dans ma tête je suis hyper forte en escalade. J’ai commencé par le mur d’entraînement, et j’ai suivi les parcours imposés avec les codes couleurs. Après j’ai tenté des petites escapades en milieu naturel, moyenne montagne, paroi du canyon de la mort ou le long d’une chute d’eau tropicale. De beaux décors pour grimper comme un chamois.
Ça permet de passer les quelques minutes de chaque séance journalière d’une façon plus positive que de laisser mon cerveau divaguer sur la raison pour laquelle je me retrouve là avec interdiction de bouger tandis qu’une machine me bombarde d’énergie létale.
Ou que ça commence vraiment à faire suer cette aisselle poilue pendant 5 semaines, merdouille, ça fait bizarre avec l’autre que j’ai le droit de raser. J’ai un look d’allemande baba cool asymétrique sous les bras.
Alors oui une radiothérapie ce n’est quand même pas une virée à la fête foraine, mais ce que je vis n’est pas un traitement lourd invalidant, et franchement les équipes de manipulateurs sont très sympas. Je leur apporterai des macarons à la fin des séances.
J’ai juste droit à un coup de soleil, des douleurs diffuses à cause des tissus qui se tapent une petite fibrose, et le plus pénible: des bons coups de pompe. Et puis surtout il y a la salle d’attente, certainement le pire moment des séances pour le moral.
Mon kit « protection, désolée les gens » y est pas mal efficace: gros casque sur les oreilles, super playlist, Kindle ou Candy Crush sous les doigts. Et même les lunettes de soleil des fois. Je dis bonjour quand même, je ne suis pas une sauvage.
Grimper ça permet de rester concentrée sur un objectif très simple: atteindre cet endroit, la-haut. Celui où toutes les « traces suspectes » ont été dégommées et où mon sein et mon épiderme sont aussi purs que les neiges éternelles.
Même si mon échelle de survie bringuebale ou qu’il y a du mou dans la corde à nœuds, je continue d’escalader à chaque séance. Je reste calme, focus.
Ce n’est pas le moment d’être déséquilibrée, d’avoir peur; d’être énervée ou démotivée. Je me concentre sur le positif, tout ce qui peut m’aider à me propulser, et je prends de la hauteur. Je ne veux pas chuter, alors je m’accroche et je suis résolue à donner aux photons tueurs les meilleures conditions possibles pour éliminer durablement la menace, et à refabriquer des cellules saines.
Pour avoir un nichon cancer-free, nickelisé.
J’avance laborieusement car mes ascensions ne durent que quelques minutes par jour, mais j’aperçois le sommet.
J’arrive à la fin de ma grimpette la semaine prochaine, j’espère avoir une belle vue. Je vais prendre de jolis clichés et quelques selfies.
Résultat de l’album photos à l’IRM dans 2 mois.


4 commentaires
Chelmi
Bonjour, est-ce qu’on t’a parlé des coupeurs de feu ? j’ai eu mes séances il y a deux ans, la gynécologue vue il y a deux jours à trouvé ma peau belle et m’a demandé si j’en avait rencontré un, oui après pour mettre toutes les chances de mon coté…. les manipulateurs pensaient que j’en avait vu un avant…. Bonne chance.
J'arrive dans 5 minutes
Cc Chelmi, oui j’ai trouvé un monsieur super sympa que j’ai déjà vu 2 fois, j’espère avoir d’aussi bons résultats que toi :). Des bisous
ValDLRM
<3
J'arrive dans 5 minutes
mouaaah gros bisous