
31. Signes
« Frappe fort Merrill. »
Signes
Avoir un cancer c’est comme un film de M. Night Shyamalan, mais sans Bruce Willis ou Mel Gibson.
J’aime beaucoup ses premiers films: Signes, Incassable, Sixième sens.
Ces films où tout un tas d’indices s’accumulent, imperceptibles, invisibles et c’est à la dernière minute que le spectateur avec le héros comprend le fin mot de l’histoire.
Moi je ne suis pas super douée pour ça, et à chaque fois je suis autant surprise que le héros naïf quand l’inéluctable vérité se dévoile
Des fois la vie c’est pareil, il y a des signes, tu peux les lire ou pas.
Un cancer c’est pas comme Alien, il ne t’explose pas l’estomac en te disant « coucou, je suis là avec ma tête pleine de dents, où sont tes copains pour que je les bouffe aussi? ».
Non, c’est plus sournois comme approche, silencieux.
Surtout, ce n’est pas un autre être qui te colonise, un parasite.
Ce sont tes propres cellules qui se mettent à dysfonctionner. Alors qu’elles marchaient parfaitement bien avant.
Tes propres gènes qui mutent, comme si ton corps devenait un labo, un de ces labos absurdes à clonage de chiens.
Tes propres défenses immunitaires qui te laissent tomber.
Parce que finalement un cancer c’est un peu comme ta propre petite rébellion intérieure. Ton burn-out cellulaire personnel. Ta grève de toi-même.
Alors moi je suis une fille à 100% pour les grèves. J’en ai fait plein, j’ai commencé au lycée, un peu à la fac, et surtout depuis que je suis salariée. J’ai fait une bonne collec’ de grèves. Manifester c’est sympa, tu peux chanter en plus.
Ou tu peux faire grève et rester à la maison, ou aller au ciné, à la piscine, chez l’esthéticienne ou au resto avec les copines. Parce que quand tu fais grève tu n’as de compte à rendre à personne et tu fais ce que tu veux.
C’était pareil dans mon corps, il n’en avait plus rien à foutre des règles, et je n’avais pas détecté qu’il me faisait une grève du zèle pendant de très très longs mois.
Rien vu du tout. Totale myopie.
Quand j’y repense, il y avait eu quelques manifestations physiques de la maladie comme ces grands moments de fatigue où une petite sieste s’imposait. Ou comme ces cernes sous mes yeux, des valises spéciales mauvaise mine. Mais bon rien de bien gênant m’empêchant de fonctionner.
Et il y avait eu aussi, bizarrement, des appels du pied de mon inconscient.
J’avais passé pas mal de temps à réfléchir à mon devenir dans mon boulot, est-ce que je voulais essayer quelque chose de nouveau, ou carrément arrêter ma petite mission en cours et revenir à un truc plus pépère. Je sentais que j’arrivais en fin de cycle.
Ouais, j’étais en fin de cycle alright. Vu que j’allais arrêter le boulot tout court.
Un truc un peu flippant: j’étais devenue fan d’une chanson d’un film pour ados que j’avais vu avec ma fille, je l’écoutais souvent et j’en avais même fait ma sonnerie de portable: Cups du film Pitch Perfect. Oui je sais c’est effrayant, et en plus je n’ai même pas honte.
Mais ce n’est pas là où je voulais en venir.
Cette chanson, je l’ai écoutée tout le mois de novembre. J’ai appris en décembre que j’avais un cancer stade 4.
Les paroles du refrain? Et bien les voilà:
When I’m gone
When I’m gone
You’re gonna miss me when I’m gone
You’re gonna miss me by my hair
You’re gonna miss me everywhere, oh
You’re gonna miss me when I’m gone
Bon ça ne vaut pas la fin de Sixième sens, mais c’est troublant quand même.
Mes différents spécialistes du chantier « bien être émotionnel qu’il est chiant celui-là » m’ont tous prévenue que je devais écouter un peu plus les signes que la vie m’envoie.
Alors j’essaie d’être attentive. Et je vois des petites choses qui s’accumulent et qui m’interpellent.
Comme un contrôle de la sécu bien chelou, plusieurs pannes de voitures pile poil pour des rendez-vous du foutu chantier bien-être émotionnel, l’écriture d’un billet sur le refus d’une chirurgie et rencontrer le lendemain une collègue qui se fera opérer 4 jours plus tard de la même chose.
Ou après des mois d’angoisse, enfin décider de comment se passera ma fin de vie, et voir un film une semaine plus tard avec exactement la même situation.
Ou encore entendre un deuxième médecin de Cancerlandia en moins de deux semaines qui me dit texto, sans même que je la pousse dans ses retranchements, qu’ils ne savent pas vraiment ce qu’ils font avec moi.
Bon. Que ferait le honey badger en cas de signe sur son chemin?
Par exemple, il voit passer un cobra devant lui, qui se ballade tranquillou.
Alors HB, tu fais quoi? Comment tu analyses la situation?
Tu fuis? Tu te caches? Tu attends?
Et bien la réponse est très simple: Il attaque le cobra, il lui arrache la tête, fait un coma de 2 heures à cause du venin puis se réveille comme une fleur pour reprendre son repas. Et il le bouffe en entier.
Subtil. J’adore cet animal.
Alors je vais suivre mon animal totem. Je vais regarder les signes plus attentivement. Pas pour psychoter, m’angoisser, et laisser les autres décider.
Je vais m’en saisir, et tout ce qui peut m’être profitable, je vais le prendre, l’utiliser. M’endormir sereinement dessus.
Et le bouffer.
Alors si vous ne savez pas vraiment ce que vous faites avec moi, c’est pas grave. Je prends la main et j’ai plein d’idées.
Donc on va refaire ce foutu test que vous me refusiez depuis quelques mois, on va observer calmement la situation pour viser au mieux la zone qui bénéficiera de la radiothérapie.
Et pendant que tu m’enverras tes petits rayons comme autant de sabres laser jedi, et que mon corps va se transformer en néo-Fukushima, moi je ferai ma chanson des rayons avec chorégraphie dans ma tête.
On est d’accord? Allez check.
Et je coche trois cases dans ma To Do List: Prise en main de ma santé, Spiritualité et Intuition. Well done Badger!


2 commentaires
Chelmi
Ah ! les signes ? pour moi aucun, hérédité rien, mes parents partis… le crabe les a épargné et n’auront pas croisé le mien, tant mieux, le soleil qui m’a réchauffé et rendu belle durant des années, j’y ai pensé un peu, mais arrêté à temps sans doute… ses pinces m’ont griffé ailleurs… on va dire modérément par rapport à d’autres.
J'arrive dans 5 minutes
Cc Chelmi, c’est un ennemi invisible malheureusement.