
35. Retour vers le futur
« La route ? Là où on va, on n’a pas besoin de route ! »
Retour vers le futur
Alors je viens hyper récemment, avant-hier en fait, de vider toute une boite mails à cause d’une très sombre et pénible histoire de message non reçu contenant des tickets de concert. Ce qui m’a bien stressée 22 ou 23 minutes avant que je n’arrive à les récupérer.
Heureusement j’avais une tasse de café, des amandes à mâchouiller, et mieux que le 50/50 ou l’avis du public, j’ai reçu l’appel d’un ami, ma super cop’ Sylvie.
Ça m’a aidée à gérer cette crise au sommet comme une chef.
Ouais, je sais, j’ai une vie encore moins palpitante que celle d’une retraitée et je ne supporte plus la pression. Pénurie d’avocats au Super U et j’appelle 911.
Ce foutu message n’a pas été réceptionné car ma boite mails était pleine. Pleine de chez pleine, plus de 11 000 messages.
Mais comme c’est une vieille boite que je n’utilise plus, et qui me sert maintenant de boite à pubs pour recevoir les promos et autres annonces de ventes privées, je ne m’en étais pas aperçue.
Du coup ça m’a bien gonflée, et j’ai dégommé les 11 000 messages. A coup de « select all » et de « suppr » rageurs, 200 par 200, et vidage final de corbeille vengeur.
Et quand je suis arrivée au bout du bout du fond de la boite, j’ai retrouvé des vieux mails, des trucs rigolos, et des choses que j’avais envoyées il y a plus de 10 ans.
Par exemple les réponses à un jeu de portrait chinois pour un forum où j’ai pas mal traîné. Ah, ça c’était mignon et fun. Je vais le faire compléter par mes enfants. Il y a pas mal de choses où je répondrai toujours pareil une décennie plus tard, je suis une fille constante.
J’ai retrouvé aussi une petite nouvelle fantastico-romantique que j’avais écrite pour un webzine, en 2008. Punaise, l’avais complètement oubliée celle-là. Un petit bonbon sirupeux qui manquait cruellement de longueur, d’une sérieuse construction, de suspens, de violence et d’une bonne scène de sexe. Pire que du Marc Lévy.
Mais ce n’est pas le plus navrant dans ce texte.
A part ce blog, qui n’a pas d’autre ambition que de me faire du bien et de laisser une petite empreinte de moi dans la websphère pour qui en aura besoin un jour, c’est le seul truc que j’ai jamais écrit à vocation d’être lu par des gens. Cause fainéantise et manque de talent.
La vie se retourne et te mord les fesses des fois. Ah. Ah. Ah. True story.
Alors comme je n’ai plus honte de rien et qu’Ironie est mon deuxième prénom, après avoir déblatéré sur mes ovaires, mes trolls, mon nichon mortifère et même mon clebs, je partage ce grand moment de littérature made in 2008. Voici donc le petit portrait chinois sympa et cette délicieusement humiliante petite nouvelle qui fait clignoter mon détecteur de Signes furieusement dans mon cerveau depuis hier soir.
La pudeur n’aura définitivement pas sa carte de séjour sur ce blog. Le bon goût non plus, à l’évidence.
Welcome to 2008.
January 5th, 2008, 12:49 am
Si j’étais un objet, une bouilloire électrique
Si j’étais un pays, la Thaïlande
Si j’étais une ville, Barcelone
Si j’étais une saison, l’été
Si j’étais un plat, foie gras poélé (et son p’tit verre de Sauternes)
Si j’étais un animal, ah non hein, pas un pingouin! un chat
Si j’étais une chanson, Bohemian rhapsody
Si j’étais une couleur, bordeaux
Si j’étais un roman, un bien corné qu’on relit chaque année
Si j’étais une légende, je serai toute seule à lutter contre des zombies, pas drôle
Si j’étais un personnage de fiction, Indiana Jones
Si j’étais un film, Quand Harry rencontre Sally
Si j’étais un dessin animé, Le voyage de Chihiro
Si j’étais une arme, une petite cuillère (« je vais t’arracher le coeur à la.. »)
Si j’étais un endroit, les temples d Ayutthaya en Thaïlande ou la Toscane, ou la cabine de douche de Hugh Jackman
Si j’étais une devise, Aide toi et le ciel t’aidera
Si j’étais un oiseau, un inséparable
Si j’étais un air, Rhapsody in Blue
Si j’étais un élément, Terre
Si j’étais un végétal, un cerisier du Japon
Si j’étais un fruit, un kiwi
Si j’étais un bruit, celui de la pluie
Si j’étais un climat, climat tropical humide
Si j’étais un loisir, le surf (sur le net)
Si j’étais une planète, le Disque Monde
Si j’étais un vêtement, un 501
Si j’étais une qualité, le pragmatisme
Si j’étais un défaut, la susceptibilité
Si j’étais une humeur, elle serait romantique
Si j’étais une pièce, la salle de bain (de Hugh Jackman si possible, sinon celle de Josh Harnett fera l’affaire)
Si j’étais un véhicule, la téléportation
Si j’étais un adverbe de temps, …sur ces entrefaites.
Plus vite
« Plus vite, plus vite, allez ma vieille arrache toi ! »
Les poumons en feu, Sin traversa la rue à toute allure en évitant les voitures, s’aida d’un lampadaire pour prendre un virage à droite arrivée sur le trottoir et reprit sa course folle en bousculant 2 passants.
Elle avait 38 minutes de retard sur le programme, 38 précieuses minutes qui lui auraient permis de se changer et de faire un repérage préalable des lieux.
Au lieu de ça elle avait juste eu le temps d’enlever ses gants, son casque et son épaisse combinaison qui la protégeaient des brûlures du voyage dans le temps, et maintenant elle courait comme une dératée moulée dans un corsaire et un top noir à la limite de la décence.
Pourquoi la machine avait elle été déréglée ? Mystère. De toute façon rien n’allait dans cette mission.
Primo elle était une enquêtrice elle, pas une exécutrice. Son job c’était de préparer les missions au poil pour ses collègues, fournir des rapports précis pointus sur les lieux, les gens, les trajets..et de laisser les autres gérer la sale besogne. Elle n’avait jamais tué, même si elle était formée pour.
Deuzio elle était amoureuse de sa future victime.
La personne qu’elle devait éliminer n’avait encore rien fait de mal. Il s’appelait Evan Richards, travaillait pour Comtech et aujourd’hui il découvrirait quelque chose de merveilleux, quelque chose d’extraordinaire qui allait changer le monde. Sauf qu’elle l’en empêcherait.
« Allez, tu y es presque, encore 100 mètres , pense aux enfant nom de Dieu ».
Tout en se motivant pour accélérer encore l’allure, Sin enclencha le laser attaché au dos de sa main droite et aperçut enfin l’immeuble qui abritait Comtech. Normalement il devait juste en être sorti, sauf qu’il n’y avait personne devant la porte, ni sur le trottoir.
« Pas de panique Sin, il doit être là, c’est prévu » se raisonna t’elle pour faire refluer la panique qui la gagnait. « tu cherches, tu trouves et tu fais ce pour quoi on te paie. Et tu ne pleures pas ».
Depuis 2 minutes il était bouche bée. Figé comme une statue, Evan observait par la fenêtre de l’immeuble la créature qui était arrivée en courant dans la rue. Il l’avait aperçue juste avant de prendre l’ascenseur, une espèce de missile lancé à cent à l’heure dans les rues de Boston. Il entendit vaguement les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, puis se refermer, sans lui à l’intérieur.
Il ne pouvait pas détacher son regard de cette femme si étrange et si belle, à peine habillée de quelques bouts de tissu noir en plein hiver. Elle s’était arrêtée devant son immeuble, et il ne voyait plus que sa chevelure argentée.
Se ressaisissant, il appuya sur le bouton d’appel et s’engouffra dans l’ascenseur, espérant arriver à temps au rez-de-chaussée.
La porte de l’immeuble s’ouvrit, et Evan Richards en sortit.
« Deux minutes de retard, cette foutue machine veut ma mort » grogna Sin. L’homme se dirigea droit vers elle, comme s’il savait qu’elle était là pour lui. Il était grand, mince, presque maigre, la trentaine, cheveux châtains trop longs, yeux bruns, comme sur les vidéos.
Bon, sur les vidéos il ne souriait jamais avec cet air niais, et il n’était pas si beau. Horrifiée Sin comprit que ce sourire lui était adressé. « Ne sois pas gentil, sois lourd et stupide, pitié ».
– Bonjour, je..Vous voulez mon manteau ?
« pas gentil j’avais dit » gémit elle intérieurement.
– Ca va aller merci. Je dois vous parler tout de suite, suivez moi.
– Heu..on se connaît ?, fit il en lui emboîtant le pas.
Sin ne lui répondit pas, et s’engouffra dans la ruelle la plus proche. Se retournant d’un bloc, elle lui saisit la gorge de sa main droite, et appliqua le bout du laser sur sa pomme d’Adam. Qui monta et redescendit, tandis qu’il déglutissait nerveusement.
Elle croisa alors son regard. « Caramel, pas brun.Nom de dieu je ne peux pas tuer quelqu’un avec des yeux pareils. Je ne peux pas tuer quelqu’un tout court. Respire Sin ».
Il leva la main doucement et elle lui jeta rageusement :
– Ne bougez pas.
Ne l’écoutant pas, il continua son geste et entreprit de lui caresser la joue du bout des doigts, très délicatement.
– Si belle…murmura t’il.
– Ne parlez pas !
– Je ne sais pas ce vous plaquez sur ma gorge, mais ça commence à devenir gênant.
Il était plus grand qu’elle ne l’imaginait. Elle voyait son pouls au niveau de sa jugulaire, et eut soudain envie de lécher ce petit bout de peau.
C’est pas vrai, elle n’y arrivait pas. Il était là, sous son laser, et elle n’arrivait pas à tirer. Elle connaissait tout de cet homme, elle avait lu son dossier 100 fois, 200 fois même. Ce qu’il allait accomplir aurait des répercussions terribles, dans 3 générations la molécule découverte par Evan Richards allait irrémédiablement modifier le code génétique des humains.
Les personnes vaccinées avec le Comtech donneraient naissance à des enfants imparfaits, comme elle, des hommes et des femmes stériles.
Malgré le froid, la sueur coulait sur son front. Elle connaissait cet homme, elle le connaissait par coeur. Et merde..Elle prit sa décision.
– Evan, écoute moi attentivement sans m’interrompre, ce n’est pas une blague.
Il cligna des yeux, puis la fixa attentivement
– Comment connaissez vous mon nom ?
– Je sais beaucoup de choses. Je sais que tu travailles sur le vaccin qui épargnera à des tas de gens une maladie nommée cancer, je le sais parce que cette maladie n’existe plus là où je vis. Mais il y a eu un problème Evan, les gens ne peuvent plus faire de bébés, et c’est à cause de ton vaccin. J’ai été envoyée ici pour que ça n’arrive pas.
– Comment ? mais..
– Evan je vais faire quelque chose de fou, et j’en paierai le prix, mais je vais te faire confiance. Tu gardes la vie, mais tu arrêtes tes recherches. Aujourd’hui.
– Vous êtes folle..
– Ecoute moi, je te connais, je sais qui tu es et ce que tu va faire. Je…Ta sœur s’appelle Abbie, elle est mariée à Franck et ils ont trois enfants. Ce matin elle t’a appelé pour te rappeler que c’est l’anniversaire de Rose, la petite dernière. Après le travail, tu veux aller lui acheter des légos. Ne fais pas ce vaccin.
Se soulevant sur la pointe des pieds, elle plaqua se bouche sur la sienne et sa main dévia de sa gorge à sa nuque, puis se glissa dans sa chevelure châtain. Interloqué, Evan mit quelques secondes à réagir, puis il participa activement au meilleur baiser de sa vie.
– Je travaille sur ton dossier depuis des mois, je t’ai étudié, passé au crible, j’ai même rêvé de toi..Tu m’obsèdes…
Cette fois ce fut Evan qui lui prit ses lèvres, l’attirant entre ses jambes il prit appui contre le mur et explora sa bouche, longtemps.
– Je ne suis pas une exécutrice, je planifie les choses pour que tout se passe au mieux..et je pense que tu vas tout faire au mieux. Et c’est pour ça que c’est moi qu’ils ont envoyée… réalisa t’elle au moment où elle l’énonçait.
Evan la fixait intensément, lui caressant doucement le bas du dos.
– C’est d’accord, souffla t’il. Je..c’est complètement fou mais c’est d’accord…
– Je dois partir maintenant, fit elle en se dégageant.
– Quoi ? Non mais attends, dis moi ton nom !
Les longues mèches argentées s’envolèrent autours de son visage lorsqu’elle se retourna.
– Sin. Et je reviendrai! puis elle sortit de la ruelle.
Hébété, Evan sortit à son tour de la ruelle. Elle était déjà au bout de la rue, petit missile argenté.
Il rejoignit doucement Comtech.
…..
« Nom de Dieu que ce ponton est long ». Sin marchait vers la silhouette au bord du ponton, l’homme regardait l’horizon et ne la voyait pas. Son cœur battait la chamade, elle avait tout abandonné pour ce moment, tout quitté.
Plus de retour en arrière possible, enfin plus de retour dans le futur plutôt.
Et s’il lui en voulait ? Lui aussi avait fait beaucoup de sacrifice. Nouveau boulot, nouvelle ville, nouvelle vie. « Allez ma vieille, c’est pas le moment de flancher ».
Enfin elle arriva derrière lui, impatiente et anxieuse.
Tout doucement, elle lui entoura la taille de ses bras et nicha son visage dans son dos.
– Salut.
Il se retourna brusquement et la tint à bout de bras, la regardant intensément.
Le silence était pesant.
– Dis quelque chose.
– Neuf mois Sin. Je t’attends depuis neuf mois, et je ne sais même pas pourquoi!
– J’ai eu des comptes à rendre, je suis désolée.
– Tu restes ?
Elle hocha la tête.
Evan la souleva de terre et la serra à l’étouffer, puis il lui embrassa fiévreusement le front, les joues, la bouche, elle entoura sa taille de ses jambes.
Elle était bien, chez elle.

