20-39,  Anciens billets

36. Victorious

 

 

« Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien. »

 

Jean Claude Van Damme

 

 

Alors OK, je n’ai pas gagné la guerre. Ne nous excitons pas.

 

Mais je viens de remporter une victoire qui pèse.

Une victoire qui me donne du temps, de l’espérance de vie, l’espoir de tenir plus longtemps que prévu.

Car mon timer personnel, celui que je ne regarde pas et auquel je ne pense jamais jamais non non non, m’indique 3 ans et demi.

Si je peux le régler sur 8 ans et demi ou un chouilla plus, ça m’arrangerait pas mal.

 

 

Voilà, j’ai reçu le verdict du TEP scan, celui qui devait vérifier la zone à Fukushimer à coup de rayons. Car ma radiothérapeute était à peu près certaine que mon ganglion fraîcheur Narta n’était plus touché, et moi j’étais à peu près certaine qu’il fallait mieux vérifier, merci beaucoup.

Du coup prescription de TEP scan, attente de 15 jours, passation de TEP scan, attente des résultats.

Tu te rends compte que tu as passé un cap dans ta tête au niveau acceptation de la maladie quand tu es blasée par un TEP scan.

 

 

Et le résultat…

Tadaam!!

 

 

 

Disparition complète des hypermétabolismes.

 

 

 

Traduction: les zones qui brillaient il y a 18 mois comme des décorations de Noël au contact du produit glucido-radioatif (sein, aisselle, rachis, peau… et jackpot 3 organes touchés!)  ne brillent plus.

 

 

Parce qu’il n’y a plus de cellules cancéreuses, en tout cas pas d’amas assez gros pour créer une réaction  au produit.

 

 

 

 

Nettoyator. C’est moi.

Je l’ai vandammisé, nettoyé à la Léon, je l’ai dégommé, éclaté, je lui ai fait sa fête, je lui ai niqué sa race.

C’est un hydre à tête qui repousse, mais pour le moment il pleure sa mère.

 

 

Alors oui je me réjouis. Je me délecte.

Je me vautre dans la satisfaction. Je me roule dedans, et elle me recouvre de mille paillettes comme si j’étais Claude François en habit de lumière.

Je mets ce moment en boite, je le conserve précieusement pour en respirer le parfum quand j’aurai des coups de mou.

 

 

Mes organes ne s’allument plus au TEP mais mon moral brille brille brille.

 

 

 

Et comme dirait mon oncologue, le moral c’est important.

 

 

 

Car je vais en avoir encore plus besoin maintenant que je viens de passer la pool de sélection. Le vrai match commence, et il ne faut pas se relâcher.

 

J’ai un nouveau challenge, un nouveau petit jeu où Lolo mon oncologue sera une participante active à l’insu de son plein gré.

C’est un jeu que j’affectionne, et auquel il m’est arrivé de jouer par exemple au travail pendant des réunions très sérieuses et très chiantes, histoire de décompresser un peu.

Il faut placer un mot dans la conversation. Chaussette, vomis, patate…. Tu te débrouilles, il faut le placer et que ton propos ait un sens quand même. Et surtout il ne faut pas éclater de rire.

 

 

Cette fois ce n’est pas moi qui doit placer un mot, c’est Lolo.

Sauf qu’elle n’est pas au courant, mais c’est pas grave, je suis joueuse comme ça.

Donc sans que je lui donne d’indice, que je lui pose de question, que je dirige la conversation… punaise ça va être dur… il faut qu’elle me dise le mot:

 

R… oui ça commence bien par un R, vas-y continue… Ré…. punaise tu chauffes Lolo… Rém… oh lala ça brûle, vas-y Lolo t’y es presssssque!!!

 

 

 

 

Rémission.

Vous êtes en rémission Madame B.

 

 

 

Voilà, j’avais prévenu, je ne suis pas une fille ambitieuse mais  j’ai un premier objectif bien prétentieux au vu du point de départ.

Alors je vais bosser encore plus dur, je vais l’atteindre ce putain de taux de cétonémie, je vais libérer ces punaises d’émotions, je vais me les fabriquer ces muscles et je vais m’inventer ma propre croyance, car je pense que je suis sur le bon chemin.

 

 

J’ai une vie qui m’attend, un cycle à reprendre, une revanche à savourer parce que je ne suis pas qu’une patiente du cancer.

Je suis une maman une épouse une fille une sœur une amie une collègue qui survit activement façon kick boxing dans ta face au cancer, et je vais tout recommencer, sauf que tout sera différent. J’ai du pain sur la planche.

 

 

 

 

En attendant, ce soir, je savoure ma victoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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