20-39,  Anciens billets

37. Croire en mes tripes

 

 

« – J’ai une armée.

 – Nous, on a un Hulk. »

 

The Avengers

 

 

Je surfe sur une vague de contentement depuis trois jours. C’est bon, ça fait du bien, vraiment. Je n’éprouve pas franchement de soulagement, ça viendra peut être un jour, mais plutôt de la satisfaction: the job is done.

J’ai nettoyé le bousin et à cet instant je le maintiens entre mon pouce et mon index, très fermement. Je contiens à mort.

 

 

Mais comme je ne suis pas une fille naturellement tranquille et optimiste, j’écoute le message que m’envoient mes tripes:

 

Ne. Te. Relâche. Pas.

 

 

 

Mon petit copain de gueguerre est connu pour ses attaques sournoises par mutation surprise. Je dois donc garder une tête d’avance et ne pas tomber dans une routine fléchissante. Je dois continuer le sport et l’intensifier, perfectionner le régime, et avancer dans le chantier bien-être émotionnel. Et la spiritualité, faut pas l’oublier non plus.

Ça tombe bien, j’ai encore pleins d’idées à mettre en place. Et s’il agit sournoisement, moi j’attaque vicieusement.

 

 

Je dois aussi bénéficier des meilleurs soins possibles et avoir la pleine et entière attention de la médecine moderne. Et là, comme régulièrement depuis 18 mois, y a un hic. Je ne suis pas tout à fait satisfaite. Il y a du bout de gras à discuter, et quelques explications à obtenir. Car je me pose pas mal de questions depuis trois jours.

 

Comme d’habitude tout part d’un petit coup de chauffe interne, une colère grandissante que je dois apprendre à canaliser et à utiliser intelligemment.

 

 

Mon oncologue et le comité décisionnel m’ont proposé il y a 5 mois une chirurgie et/ou une radiothérapie en se basant sur des résultats d’IRM. Coup de bol, j’avais un petit truc de prévu au printemps qui m’a obligée à repousser cette prise de décision et à bien prendre le temps d’y réfléchir.

Il y a un mois, rebelotte, nouvelle proposition de mon oncologue: opération ou radiothérapie, ou les deux, y a une promo.

Les nouveaux résultats d’IRM ne montraient pas de baisse flagrante de l’activité cancéreuse. « Au sein, c’est stable » dixit Lolo en guise de traduction du compte-rendu de l’IRM. Et c’est vrai que sur le compte rendu il est noté qu’il y a 2 prises de contraste suspectes.

 

Suspectes étant le mot clé dans l’histoire.

 

 

Je lui ai demandé un TEP scan pour vérifier, mais non non non Madame B., le TEP n’est pas aussi précis que l’IRM, ça ne servirait à rien.

A rien.

 

 

 

Sauf que le TEP finalement obtenu et ma radiothérapeute m’indiquent maintenant qu’il n’y a plus d’activité cancéreuse dans mon nichon. Flora, sa charmante interne qui m’a annoncé la bonne nouvelle en prem’s (oui les internes n’ont pas de nom de famille à l’hosto, juste des prénoms, c’est pour ça que certains se vengent en étant extra hautains quand ils deviennent de jeunes médecins), m’a répondu, me voyant interloquée:

Non mais l’IRM montrait juste 2 petites zones suspectes, mais pas une activité cancéreuse stable.

L’air de dire, ben oui, c’est écrit dessus, comme le Port-Salut.

 

 

 

 

Ockayyyy, c’est absurde.

C’est un film de David Lynch en fait, on ne m’avait pas prévenue. Un nain va débarquer en salle de scanner pour faire une partie de poker, le manipulateur était en fait le tueur de Laura Palmer et mon double de moi-même version blonde va faire un rituel satanique sur Eugène Marquis Bld.

Un-fucking-believable.

 

 

Je joue mes organes sur des compte-rendus aussi précis pointus qu’une rédaction de mon fils sur la 1ère guerre mondiale.  Il est en CM2 et laissez moi vous dire qu’il n’est pas fan d’histoire-géo.

 

Je joue mon nichon sur des descriptions floues, parce qu’au lieu de mettre « prises de contraste suspectes de telle épaisseur à tel endroit qui pourrait être résiduelle, à vérifier par TEP scan », un radiologue a noté « prises de contraste suspectes ».

 

Et que l’ensemble des médecins qui constituaient le comité ce soir là en réunion s’est dit: OK, c’est suspect, on lui avait proposé une mammectomie il y a 4 mois, alors si on lui enlevait son nichon maintenant?

 

 

Mon Hulk intérieur est en train de se réveiller, il a juste pris le temps de digérer la bonne nouvelle avant de bien comprendre les implications.

Et il me pousse à réagir. Il ne m’envoie pas toujours vers la meilleure prise de décision, mais c’est un sacré bon moteur.

Alors au final un petit moment bloggi bloggo pour tout mettre à plat c’est pas mal quand on a envie de:

a- envoyer par mail à son oncologue une vidéo du discours de  Donal Trump « you’re fired!!! »

b- envoyer un télégramme chantant à son oncologue de Fuck you de Lily Allen..Fuck you, fuck you, fuck you very very muuuuuuch

c- débarquer en plein comité décisionnel avec un costume de poussin et chanter « au revoir président ».  Pas vraiment de rapport mais j’ai toujours rêvé de faire ça.

d- de façon peu originale, aller éclater un clavier

 

 

Mon Bruce Banner intérieur me rappelle que mes médecins font au mieux, ils ont des milliers de patients, et ils ne m’ont forcée à rien, juste proposé des options. Ils m’ont laissé du temps pour décider toute seule. Ils font ce qu’ils peuvent et je devrais leur dire merci de ne pas me mettre la pression plutôt que rentrer dans un conflit inutile.

Peut être qu’ils ne se plantaient pas en me proposant  une mammectomie, car c’est un moyen sûr et efficace d’enlever toute trace « suspecte » de mon organisme. C’est une technique qui permet de sauver des vies, littéralement. Elle est même utilisée en prévention pour des personnes très à risque, comme Angelina Jolie.

Sauf que depuis la généralisation de la mammectomie dans le traitement du cancer du sein dans les années 60, il y a plus de 50 ans,  aucune étude, aucune, n’a pu prouver qu’elle pouvait influencer positivement la durée de vie dans le cas d’un stade 4.

Comprendre précisément les résultats d’examens et obtenir une explication claire serait peut être une bonne idée avant d’aller s’en prendre à un clavier innocent.

 

 

 

En tout cas je dois tirer les conclusions de ce petit chapitre de mon parcours de cancéreuse.

La médecine moderne fait au mieux, mais ils ne sont pas Dieu, Madame Irma ou Docteur House. Même avec des scanners, des IRM, des super machines, 10 ans de formation et des réunions d’experts ils ne possèdent pas toutes les réponses. Personne n’a de réponse.

Et visiblement ils font des économie sur les TEP scan.

Ils font ce qu’ils peuvent quoi. La vache ça me rappelle grave le boulot.

 

 

 

Il n’y a pas qu’une seule route à emprunter pour combattre ce qui m’habite, et mes médecins me le répètent à l’envie, ils ne savent pas vraiment ce qu’ils font.

 

 

 

Alors je renouvelle la confiance que j’ai placé en mes tripes, car elles ont prouvé leur valeur jusqu’ici. Je les sens bien bien connectées aux chemins hors parcours Cancerlandia que j’emprunte. Je crois que je touche du doigt la notion de croyance et de confiance en un truc plus grand que moi, et de fait de spiritualité. Elle me frôle de temps en temps comme un chat qui passe entre les jambes mais ne veut pas se faire attraper.

 

 

Je me transforme en TripesWoman, la super héroïne qui parle à l’oreille des Andouillettes.

Combinée à SuperSceptique,  ça donne une fragrance très spéciale.

 

 

Mais ça tombe bien, je collectionne les parfums. Car sentir tous les jours la même chose, pour moi c’est aussi passionnant que porter tout le temps la même couleur, écouter en continu la même musique, manger chaque jour le même plat. J’aime bien varier les plaisirs.

 

Alors je change de parfum avec l’humeur du jour, et j’enfile à la suite ma tenue de SuperSceptique ou TripesWoman, BullshitGirl, Honey Badger, Jemenfoutor, Supermaman ou Supermèreindigne.

Et des fois Hulk.

 

 

 

 

 

 

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