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39. La mélodie du bonheur

 

 

 

 

 

« Les petits cons qui veulent aller plus vite que la musique, hé ben y se cassent toujours la gueule. »

 

La vérité si je mens!

 

 

 

Tout est parti d’une dissonance.

La dissonance c’est quand il y a une rupture de l’harmonie.  Une fausse note qui fait tâche dans la jolie musique.

La mienne est répétée à l’infini dans ma tête depuis 18 mois: cancer du sein stade 4. Un son désagréable dont je n’arrive pas à me débarrasser, mon acouphène personnel.

 

 

Pourtant ma vie était réglée comme du papier à musique, avec une mélodie du bonheur impeccablement orchestrée.

 

Mariée, 3 enfants, un boulot plaisant, des amis, une famille sympa.

Vu de l’extérieur comme de l’intérieur, une vie parfaitement satisfaisante.

 

 

Voilà.

Je gérais comme une boss.

J’étais dans la maîtrise de ma vie professionnelle, sentimentale, familiale, amicale.

J’étais à la fois le chef d’orchestre de moi-même, et l’ensemble instrumental pris dans sa valse à mille temps.

Avant d’être diagnostiquée d’une maladie incurable.

 

 

Je l’ai déjà écrit, mais bon comme je réflexionne pas mal là-dessus en ce moment je me répète: un cancer peut avoir différentes sources, comme par exemple avoir trop fumé, avoir trop bu, avoir été exposé à des sources radioactives très élevées, avoir une prédisposition génétique.

 

 

Si aucune de ces pistes ne s’avère être une possibilité, il reste des questionnements, sur un niveau de stress élevé, des douleurs émotionnelles intenses, des moments de souffrances ou d’épuisement, et tout un catalogue  d’accidents de la vie du même acabit.

Des choses graves, ou des choses insoupçonnables.

En tout cas ça fait réfléchir à comment on mène sa vie.

 

 

 

Quand on parvient à éliminer un maximum de maladie pour se donner du temps supplémentaire, quand on a ce privilège de gagner des mois, peut être des années de vie, peut-être même la possibilité d’attraper le train des labos et de la recherche en marche, quand on a cet espoir là, il ne faut pas gâcher cette chance.

 

 

 

 

Alors je dois changer mon tempo pour créer une harmonie avec cette note dissonante bloquée sur le clavier, et composer un tout nouveau morceau.

 

 

Ce n’est pas un solo, parce qu’on est plusieurs dans l’orchestre.

 

Il faut composer avec tous les instruments, car si je choisis de changer ma partition, ça nécessite beaucoup d’ajustements de la part des autres musiciens.

Il va y avoir des fausses notes, des grincements de cordes, des silences pesants et certainement beaucoup de travail et de répétitions avant d’obtenir un ensemble harmonieux et agréable pour tout le monde.

 

 

 

Je fais un peu ma Diva, comme ces grandes chanteuses qui ne parlent plus avant leur concert pour préserver leurs voix. Je regarde beaucoup mon nombril, peut être que je me MariahCarey-ise?

 

 

Mais dans l’hypothèse où la vie que je menais m’a conduite à ce résultat là, si je veux continuer à jouer de mon instrument (c’est le pipeau évidemment, mais je suis forte en triangle aussi) la solution est de réfléchir à de nouvelles façons de mener cette vie.

 

Adopter un rythme plus lent, passer de la Marche Turque au Canon de Pachelbel, et surtout, surtout ne plus s’envisager comme la soliste ou pire que tout, la femme-orchestre.

 

 

Sinon ça finit comme un concert de Rémy Bricka, c’est un peu risible et ça saoule très vite.

 

 

La beauté d’un orchestre symphonique réside dans la complémentarité des instruments. Ils se complimentent les uns les autres, ils se chevauchent, ils reprennent la mélodie chacun leur tour, ce qui les rend à la fois interchangeables et uniques.

Le spectateur peut ainsi apprécier la répétition des sons sans se lasser, car le rendu en est différent.

Il n’y a pas d’instrument star, il n’y a pas de second rôle, juste un ensemble qui avance en cohésion sur la même partition.

 

 

 

C’est comme ça que ça sonne juste, et qu’on obtient les plus belles musiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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