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18. Sugar sugar

 

 

« Ça vous est déjà arrivé de traverser la rue sans regarder ? Et là, sortie de nulle part, une voiture vous fonce dessus ! Qu’est ce que vous faites ? Un truc vraiment idiot, vous vous figez et vous voyez pas votre vie défiler parce que vous avez trop peur pour pensez ! Vous restez planté là avec l’air con ! Mais pas le manouche, pourquoi ? Parce qu’il avait un plan pour écraser la voiture ! »

 

 

Snatch

 

 

Très vite après mon diagnostic, je me suis calmée sur le sucre. J’ai arrêté les petits gâteaux au goûter, les desserts au resto, le nutella.

Good by les Tout-chocos.

 

Pourquoi?

 

Parce que beaucoup d’infos concordent sur le fait que bouffer du sucre, c’est pas super aidant pour la santé en général, et pour les cancéreux en particulier.

 

J’ai donc commencé une démarche générale vers une alimentation plus saine: des produits bios, plus de légumes, de fruits, du fait-maison, moins de produits industriels, diminution massive des sucreries, moins de pain. Je me suis abonnée à un panier bio, et j’ai découvert le chou-kale et les blettes. Et les blogs de recettes super- healthy avec leur lot de photos de porn-food sur Pinterest, qui pullulent encore plus que les blogs de cancéreuses.

 

J’ai perdu très rapidement 4 kgs, et pourtant je ne suis pas une grande fan de sucre à la base.

 

Je me suis mise en place des petites routines: jus d’orange maison et flocons d’avoine le matin, jus de carottes centrifugées le soir.  Dhal de lentilles corail le week-end, gâteau maison à la banane en semaine. Je me sentais fière de cette prise en main. Good girl!

 

Comme une enfant de maternelle qui commence à écrire son prénom.  Meh.

 

 

Quand j’ai commencé à parler du sucre en général et d’un régime alimentaire plus ciblé à mon oncologue, j’ai bien vu qu’elle n’était pas super à l’aise. Elle m’a glissé que le sucre c’était quand même important car, je cite, « c’est la nourriture du cerveau ».  Y avait il un sous-entendu sur une sous-alimentation apparente de mon cerveau? Je peux être parano comme ça des fois.

Bref. Il fallait manger de tout et suivre les règles de manger-bouger.fr.

5 fruits et légumes, des produits laitiers parce ce que ce sont nos amis pour la vie, et un à deux verres de vin par jour. Ne pas se priver.

Car rien n’est vraiment prouvé.

Ne pas se soucier d’un régime, l’important c’est de continuer à se faire plaisir.

Fin de la discussion.

 

Et sinon une petite cigarette du condamné tant qu’on y est? Je ne me sentais pas super rassurée.

 

 

Pourtant certains aliments m’étaient interdits car ils pouvaient interférer de façon négative avec mon traitement. Adios mon jus de pamplemousse matinal, et interdiction de tisane au millerpertuis. Enfin et surtout, ne jamais consommer de soja. Surtout après minuit.

 

J’ai eu droit à une réaction un peu moins nuancée de mon médecin traitant, que j’aime beaucoup par ailleurs, bientôt à la retraite, qui m’a assuré qu’arrêter le sucre était une grosse connerie.

 

Enfin j’ai particulièrement adoré ma petite conversation téléphonique avec la diététicienne du service d’oncologie qui m’a bien expliqué qu’elle ne me recevrait pas pour m’accompagner dans un régime sans sucre. Car ce n’était pas encore dans les directives du ministère de la santé, même si oui madame, il y a des études en cours, mais vous comprenez bien que rien n’est dit dans les préconisations.

Ah.

Ok.

 

 

 

J’étais perplexe. L’alimentation avait bien un impact sur ma santé, puisque je n’avais pas le droit de consommer certaines choses. Mais accompagner positivement mon traitement par un régime ciblé semblait relever de la bonne blague.

Welcome to Cancerlandia. Again.

 

 

Au fur et à mesure de mes recherches, rencontres et pérégrinations, je me suis forgée des idées et une opinion sur ce qu’il était bon de faire pour moi. Je dis bien pour moi car c’est un chemin personnel que je ne conseillerai à personne d’emprunter sans y avoir bien réfléchi. Un peu comme la prêtrise ou la légion étrangère.

 

J’ai lu les blogs, les infos sur les recherches en cours, les travaux du Docteur D’agostino aux US, Docteur  Schwartz en France et l’étude Kolibri en Allemagne par exemple. Ce que j’en ai compris (attention, âmes sensibles s’abstenir, ce passage scientifique de sur-vulgarisation, parce que je ne suis ni médecin ni chercheuse ni diplômée en sciences, est un mash up de Wayne’s Worl et Dumb and Dumber, alors pardon d’avance):

La cellule cancéreuse aime le susucre. Mais pas le graillon. Le corps utilise les glucides pour fabriquer de l’énergie, mais s’il n’en a pas à sa disposition, il métabolise les lipides, crée des cétones, et les cétones peuvent fournir de l’énergie aux muscles et au cerveau.  Les mitochondries des cellules cancéreuses, les petites centrales énergétiques, sont à moitié bousillées en plus d’être de vilaines junkies accro au sucre, et du coup elles ne peuvent pas métaboliser les lipides. Elles ont faim, elles ont moins la pêche, elles prolifèrent moins, voire elles crèvent.

 

 

C’est un moyen d’action. Un levier. Une façon de reprendre la main, et de maîtriser un peu la situation.

Mon oncologue n’arrêtait pas de me répéter qu’il fallait y croire. Y croire en quoi? Croire en mes 3 piqûres mensuelles? Mon rendez-vous trimestriel? Désolée mais pour moi ce n’est pas assez.  Je dois être un tantinet exigeante.

Voilà,  j’ai décidé de croire en mes tripes, en moi, en ma volonté, et d’agir.

 

J’ai mis en place le rendez-vous avec un médecin cancérologue spécialisé dans l’approche métabolique du cancer, et quelques mois plus tard j’ai trouvé après pas mal de coups de fil et de rebuffades une diététicienne pour superviser ce que je faisais.

Je suis rentrée dans le dur il y a 9 mois. J’ai commencé le régime cétogène, le régime où tu dis adieu aux glucides, à tout ce qui se mange de bon, et bonjour aux lipides.

 

Vivent les avocats. Santé!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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