40-59,  Anciens billets

45. La psy c’est comme la déchetterie

 

 

 

 

« – Victor m’a quittée! Il ne veut plus me revoir! sniff, sniff!
 – Bon bah je pense qu’on en a terminé pour aujourd’hui.
 – Ah vous êtes comme Victor ! Vous ne voulez plus me revoir! Vous aussi vous voulez vous débarrasser de moi!
 – Mais nan! Pas du tout! Moi je suis votre psychanalyste, vous me reverrez dans une semaine. Victor lui, vous ne le reverrez jamais. »

 

Mafia Blues

 

 

 

Voilà, fin de l’été. Bientôt la rentrée, avec le retour du réveil matin, des embouteillages, et des IRMs. Normal.

 

En cette dernière semaine de vacances, je me suis mise en tête de nickéliser mon chez moi avant d’affronter le monde extérieur. Ça passe par un grand nettoyage du jardin et du garage avec beaucoup de choses à débarrasser et à jeter. Et du coup, après avoir rempli la voiture de trucs vieux, dégoûtants et irrémédiablement en panne, je suis allée à la déchetterie.

 

 

C’est à cet endroit, en train de jeter mes dizaines de cartons dépliés, mes jouets de jardin élimés de plus de 10 ans et mon aspirateur kapout de plus de 20 que j’ai eu une révélation.

 

J’ai repensé à la psy, que j’avais vu 4 ou 5 fois il y a un peu plus d’un an et demi et dont j’avais comparé l’accompagnement à une visite à la déchetterie:

Je m’étais délestée de mes petits soucis, et je n’avais rien emporté en échange.

 

 

Et bien j’avais tort.

 

Car à l’instar de cette corvée de nettoyage, mes séances chez la psy m’avaient permis de gagner quelque chose de précieux: de la place.

 

 

 

A posteriori, de longs longs mois plus tard, je réalise enfin à quoi ça m’a servi d’aller chez la psy et de me forcer à y vomir mes peurs, mon choc, mes angoisses et ma colère.

 

 

Comme c’est très long 60 minutes d’affilées quand il faut parler à quelqu’un qui hume en guise de réponse, je m’étais appliquée à broder et trouver des techniques pour gagner du temps, par exemple décrire ce qui m’arrivait par métaphores. Les descriptions sportives marchaient plutôt pas mal.

J’étais restée bloquée assez longtemps sur celle du match de boxe truqué. J’aurai beau me battre à chaque round, le combat était perdu d’avance. Et cette place de loser était inacceptable. Inacceptable.

Mmh mmh.

Bref.

 

 

Je me rends compte maintenant que ça n’avait pas été inutile.

J’avais entreposé dans son cabinet entre son canapé et sa boite de kleenex mes matchs truqués, avec leur panoplie complète d’arbitres tricheurs, d’opposant dopé et de podium en carton plâtre, ainsi que tout un tas de trucs dont je n’ai pas besoin dans ma vie, genre déprime et paralysie.

 

 

J’avais gagné de la place, et paradoxalement je n’étais pas sortie vide de ces quelques séances. Au contraire, cet espace m’avait donné de nouvelles perspectives.

 

 

 

J’ai pu commencer ma collection de rencontres avec des médecins, des soignants, des accompagnants en ayant la place nécessaire pour entendre, digérer et intégrer. En étant assez légère pour tracer ma route sur ce parcours de santé bizarre, avancer.

Je l’ai utilisée pour m’investir dans de nouvelles démarches, m’ouvrir à de nouvelles façons de penser, essayer des trucs sérieux et des trucs chelous.

 

Est-ce que ça marche?

Je n’en sais rien, et finalement là n’est pas la question.

La science et la médecine cancerlandaise certifient que rien ne marche, et qui je suis pour aller leur dire le contraire?

 

 

Moi, je me suis juste promis de tout faire pour contenir le mieux et le plus longtemps possible.

Je n’ai pas d’énergie à perdre dans un combat truqué moisi.

Je m’en fous de gagner la coupe, la médaille, la 1ère place, et je n’ai rien à prouver.

 

J’ai 3 contrats qui ne se rompent pas en cours, avec clause spécifique de persévérance dans l’effort. Alors je ne me pose pas trop de questions sur ce que dit la science, la médecine, Wikipédia ou la société canadienne du cancer.

 

 

Les doutes et l’incertitude, les espoirs naïfs ou le défaitisme pèsent comme des ânes morts, ils t’empêchent d’avancer. C’est du même acabit que la déprime et la paralysie. Je n’en ai pas franchement besoin dans ma vie, et je les colle à la benne.

 

Je suis à fond less is more en ce moment.

 

 

 

Je vais peut-être reprendre rendez-vous avec la psy pour un petit débrief, car il y a toujours des trucs dont on peut se débarrasser. Nan?

 

Mmh mmh.

 

 

 

 

 

 

 

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