
50. Le syndrome Britney Bitch
« – Mais qui êtes vous ?
– La question n’est pas de savoir qui je suis, mais où je suis. »
Scream
Est-il possible de faire du neuf avec du vieux?
Coupons court tout de suite à ce suspens insoutenable et nocif pour la tension artérielle: oui, c’est possible.
En effet, mon gratin Fourzitou gain de place dans le frigo et les chansons de Christophe Mahé en apportent la preuve irréfutable.
Maintenant, une question plus intéressante serait: obtient-on de bons résultats avec cette méthode?
Et là je suis moins catégorique.
Bon, je ne disserterai pas sur la qualité et l’originalité des productions lyriques de Christophe Mahé, je ne veux fâcher personne (il m’est arrivé de fredonner ses chansons en voiture, je plaide coupable).
Quand à mon Fourzitou, il n’a jamais rencontré d’immense succès à la maison, mais à ma décharge j’y ai des gastronomes particulièrement difficiles.
Alors pour répondre à cette épineuse question, j’ai décidé de prendre un paradigme parlant et universel, avec lequel chacun pourra s’identifier facilement. Britney Spears.
La fringante Bribri est passée de la mignonne gamine animatrice du Mickey Mouse club à l’adolescente aguicheuse de Baby one more time, puis est devenue la jeune femme sexy qui a roulé un patin à Madonna et qui s’est faite larguée par Justin Timberlake (énorme, énorme erreur Britney) avec plein de tubes en chemin dont l’inoubliable Toxic, perso le seul que j’aime vraiment dans sa discographie.
Et puis trou noir, pétage de plombs, descente aux enfers et rasage de crâne devant des dizaines de paparazzis qui ont immortalisé ce moment impitoyablement. Parcours classique quoi.
Voyez, c’est facile de s’identifier.
Après ça, ben je ne sais pas vraiment ce que Britney a fait de sa vie, j’ai dû vérifier sur sa page wikipédia. En fait elle a réalisé beaucoup de choses, elle a sorti des albums, tout plein, elle a fait des tournées, des émissions télé, des concerts à Las Vegas…
Ce que j’avais retenu pour ma part c’est que si elle revenait de temps en temps sur le devant de la scène, elle n’y restait jamais bien longtemps. Pour l’un de ses énièmes retours, avec le chanteur des Black Eyed Peas, elle se faisait appeler Britney Bitch.
Je n’avais pas trouvé ça terrible à l’époque. La chanson était bof, et ce n’était pas franchement glamour le plan Britney Bitch, bonjour l’image de la femme. Mauvaise caricature de son côté sexy, pas valorisante. Too much.
Ben voilà, à force de nous servir les restes, son Fourzitou avait crâmé.
Et donc la réponse à la question est: faire du neuf avec du vieux c’est assez risqué.
Résultat: tu peux finir sans cheveux, sans talent et sans amour propre.
Voici ma petite pierre à l’édifice de la pop-philosophie.
Et en ce qui concerne les cailloux de ma construction personnelle, c’est en réflexion. Je finis de tourner cette page, celle qui est super lourde, punaise, et elle est en train de tomber avec un petit bruit de fin de chapitre qui aura des répercussions retentissantes sur mon quotidien pépère et bien huilé. Et même si j’attends la suite impatiemment je dois anticiper pour ne pas me faire aplatir.
Alors si j’ai droit à un come back, ma petite rentrée au travail, comment je gère ce retour à la vie d’avant?
Sans foirer tout ce qui a été accompli?
La grande sage Céline Dion m’a prévenue sur les ondes de radio imposées pendant mes séances de rayons: « on ne change pas, on met juste les costumes d’autres sur soi ».
Alors oui, ça sera le billet des chanteuses de la honte. Oui.
N’empêche que Céline n’a pas tord, j’ai un goût de revanche dans la bouche qui risquerait de m’entraîner sur le terrain glissant des vieux ingrédients, des mauvaises habitudes voir de virer en mode too much Britney Bitch.
J’ai passé le cap du combat truqué moisi, mais je dois bien garder mon costume de Tripeswoman en place et laisser sur le bas-côté mes petits besoins de réassurance, mes petites angoisses: que je suis sortie indemne de zombieland, que je suis en capacité d’assurer, de carburer, que je ne suis pas un boulet. Ça fait un paquet de trucs complètement inutiles, inexacts et nocifs à déposer à la déchetterie .
Mais quand j’ai dit adieu à ma vie professionnelle telle que je la connaissais dans le parking souterrain de la CPAM il y a quelques mois, quand j’ai décidé d’arrêter de me frauder moi-même, ce n’était pas des paroles en l’air.
Plutôt que penser aux ingrédients, je change la recette.
Je vais me faire ma petite étape rasage de tête comme Britney, un passage à l’acte symbolique. Dans mon cas ça ne sera pas de mes cheveux dont je vais me débarrasser, mais de mon ancien moi au boulot. Celle qui n’avait pas spécialement de difficulté et qui ne nécessitait pas d’entretien particulier. Elle pouvait se permettre de faire passer les besoins des autres en premier, de prendre sur elle en cas de situation stressante.
Cette fille là n’existe plus.
Je soupçonne qu’elle est restée coincée sous les décombres et attend encore que l’équipe de secours la trouve, pendant que j’ai dû devenir Jemenfoutor, la fille qui s’en bat les steaks et qui trace.
Je vais bien me l’enfoncer dans le crâne, pas à coup de tondeuse, mais de démarche administrative.
Un petit formulaire à compléter avec avis du médecin traitant qui est souvent une pilule difficile à avaler pour les gens, car il conditionne un changement de statut et une acceptation de ses difficultés.
Je vais faire une demande de reconnaissance travailleur handicapé, le truc qui ne me fait pas spécialement rêver, mais bon si je suis sans pitié ni concession avec les autres, je peux l’être aussi avec moi même. Car quel qu’en soit le résultat, le récépissé de demande posera le cadre de ma reprise d’activité pour mon environnement professionnel, et surtout pour moi.
Est-ce qu’un cancer qui ne se guérit pas avec traitement à vie c’est un handicap? Ben ça sera à la commission de la mdph de me répondre.
En tout cas moi je me pose des garde-fous et des rambardes, des barricades contre ma Britney Bitch qui pointe, car je dois l’empêcher de faire son show, et bien intégrer que je n’ai rien à prouver aux autres, et surtout rien à moi-même. Que le regard des autres et même ma propre opinion et mes envies n’ont aucune importance.
Qui j’étais, comment je serai, ce que j’aurai à faire, ce dont j’ai envie, blablablu… beaucoup de questions qui n’ont aucune importance.
Tant que je contiens, finalement le reste on s’en fout.
L’important c’est juste où j’en suis et cet objectif à l’horizon conclu avec mes 3 contrats de sang, prioritaire à tout autre engagement.


2 commentaires
Tonpoto
Tu as mis le doigt sur LA chose primordial au travail a ne jamais oublier : d’abord se préoccuper de toi avant toute autre préoccupation. Et si jamais tu t’oublie dans ton taf, on sera au moins deux a t’engueuler de d’abord penser a toi. Fais nous confiance pour ça. Plein de bises.
J'arrive dans 5 minutes
J’ai pleine confiance en vos capacité d’engueulade 🙂 bibiz