0-19,  Anciens billets

7. Highway to hell

 

 

« N’entre pas docilement dans cette douce nuit.
Le vieil âge doit gronder,
tempêter au déclin du jour.
Hurler, hurler
à l’agonie de la lumière. »

Interstellar

 

 

Après avoir diagnostiqué un cancer diffusé tout plein dans mon corps, camp de base dans mon sein et palanquée de bivouacs dans mon rachis, la médecine moderne m’annonça que j’aurai droit à trois piqûres mensuelles et une trimestrielle pour me soigner. A mon domicile. Sans hospitalisation.

Sans opération.

Sans chimiothérapie.

Ni radiothérapie.

Autant dire que peu d’argent et d’effort seraient investis.

 

Ça serait donc une hormonothérapie, un traitement dont les effets sont lents à s’accomplir. Ça peut prendre au moins un an m’avertit l’oncologue. Deux fois elle me l’a dit. Je devais vraiment avoir l’air interloquée.

Ou bête.

C’est vrai ça, pourquoi se presser d’aller mieux?

 

C’est là que j’ai bien bien intégré que j’en étais au stade « c’est trop tard madame ».

A la suite d’une période de rush et d’examens d’une dizaine de jours et au bilan final de l’oncologue, tu repars pour trois mois d’hibernation avec quelques piquouses et beaucoup de temps libre. On ne fait rien entre-temps.

Rien. Nada. Zip.

On attend que l’hormonothérapie fonctionne.

C’est comme le bon vin l’hormonothérapie. Ou la musique classique.

Ça s’apprécie avec le temps.

 

Voilà. C’est borné. Tu es sur une autoroute et tu roules à la vitesse imposée.

Et sur l’autoroute de Cancerlandia, il n’y a pas de panneau de sortie.

Yeah Baby!! One Hell of a ride!

 

C’est donc le moment de s’abonner à Netflix, pleurer sa mère en bouffant son pot de nutella accompagné d’un verre de vin devant Stranger Things et attendre que ça passe. Que la prochaine session d’examens arrive.

Attendre qu’on te dise ce que tu vas devenir dans 3 mois.

Ma vie sera une suite de petits bouts d’année cloisonnés par des IRM.

Ils allaient me végétaliser.

J’allais devenir un bouleau, ou un punaise de platane, enracinée dans ce cycle confortable tranquillement devant ma télé. Déjà en boite.

 

En parallèle de cette route balisée, il y a Internet.

Internet et ses forums, ses blogs, les sites formels sur le cancer dont le redoutable site de la société canadienne du cancer.

Internet t’attrape dans ses mâchoires géantes, te mâchouille et te digère. Quand il te recrache, tu n’es plus qu’anxiété. Tu repenses avec envie à cet antidépresseur. Tout oublier et tomber dans un état catatonique, ça serait si bien. Internet à Cancerlandia c’est le Croquemitaine, Freddy Krueger et Souviens toi l’été dernier enroulés dans le même séduisant cauchemar. Il n’y a jamais de bonnes réponses à tes questions.

Et pourtant tu y retournes encore et encore. Tu as besoin d’un fix. Une petite séance de surf et de torture.

 

Il y a aussi les gens qui sont pavés de bonnes intentions à Cancerlandia. Ceux qui ont entendu parler d’un remède miracle, qui a marché pour le cousin du frère de leur voisin. Ceux qui veulent te mettre en contact avec d’autres cancéreux. Pour un petit partage d’expérience sympatoche.

Ben pourquoi? Tu veux qu’on fasse un club? On ferait de la danse en ligne, tous ensemble. Sur Thriller de Mickaël Jakcson, ça serait grandiose. J’étais un peu réticente.

Et puis il y a eu ceux qui ont subi un cancer, et qui m’ont contactée en direct. Pas pour compatir, comparer, sympathiser. Non, ils avaient des adresses, des noms. D’autres docteurs, d’autres médecines.

 

Un panneau sur l’autoroute.

Une aire de repos.

Un endroit où s’arrêter, prendre du recul.

Un moment pour stratégiser.

 

Allez, on se reprend.

Non aux antidépresseurs, au nutella, au surf débilitant.

Non à l’auto-apitoiement et à la conformisation.

Non à l’attente docile.

 

 

Bon.

 

Ok pour le vin et Netflix.

 

 

 

 

 

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