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10. Je vois des cancereux partout

 

 

« Cole: Je vais vous dire mon secret.
Malcom: D’accord.
Cole: Je vois des gens qui sont morts.
Malcom: En rêve tu veux dire.
Cole fait signe de la tête : non
Malcolm : Quand tu es éveillé !… Tu vois des morts… Dans des tombes, des cercueils ?
Cole : Non, ils vont et ils viennent comme n’importe qui. Ils ne se voient pas entre eux. Ils ne voient que ce qu’ils ont envie de voir. Ils ne savent pas qu’ils sont morts ! »

 

Sixième sens

 

 

Les cancéreux sont partout.

50% des hommes et 35% des femmes seront un jour touchés par le cancer.

Les cancereux sont à Eugène Marquis bien sûr, dans ces salles d’attente où l’on se salue poliment, puis l’on se toise discrètement. J’y suis pour le moment toujours la plus jeune, merci Destin pour ça. Je ne veux jamais être dans cette salle d’attente avec un enfant ou une jeune femme.

 

Les cancéreux sont sur internet, Mandieu comme ils sont sur internet. Comme des sauterelles sur un champ de maïs. Putains de blogs de cancéreux.

 

Ils sont dans les news, dans le 12h de France Inter, dans les notifications de 20minutes, et chez papy Jean-Pierre à 13H17 entre les marchés de Noël et les maréchaux ferrant en Auvergne. Ils sont ces images de fond, ces dames sans cheveux et ces messieurs avec une perf, tandis que le commentateur raconte les avancées incroyables des centres de recherche. Donnez encore de l’argent, un peu plus. Crozemarie il est parti, votre pognon est safe avec nous.

 

 

Ils sont dans le sucre ingéré quotidiennement à l’insu de votre plein gré, dans ce petit pain hamburger, cette bière Heineken et même dans ce cassoulet William Saurin.

Dans cette cigarette et sa copine et son autre copine et le paquet qui les contient.

Dans ce déodorant à l’aluminium, ce gel douche au paraben et ce shampoing au silicone.

Dans tous ces instants où un jogging ça aurait été bien, mais le canapé c’était mieux.

Dans cette pilule avalée chaque soir, parce ce que ce sont les femmes qui ont les règles, les grossesses, l’accouchement les vergetures et le surplus d’hormones dans notre société à la con.

 Oui, c’est le moment donneuse de leçons où je vous dis que le futur cancéreux peut être vous. Remettez-vos choix en question.

 

Les cancéreux sont des héros de films romantiques. Les personnages y ont des étoiles contraires, passent de chouettes automnes et mois de novembre, ont des love story ou sont de supers meilleures ennemies. Parce que c’est romantique le cancer, love love sweet coeur sourire attendri, ça permet de mettre en scène des histoires d’amour impossibles maintenant qu’il n’y a plus de Capulet et de Montaigu.

Ou alors les cancéreux sont le détonateur qui permet au héros de se surpasser, de changer de vie. Souvent ils détonnent en mourant, parce qu’une explosion de la révélation ça passe par une bonne mort. C’est propre. Pourquoi c’est souvent la mère qui s’y colle? Les scénaristes sont consensuels sur le sujet.

 

Ils sont dans le cimetière que je traverse plusieurs fois par semaine pour promener le chien. J’y croise mon ancienne voisine. Coucou, j’ai pareil que toi.

 

 Il sont dans les livres. Les cancéreux en écrivent beaucoup, ils fuckent le cancer ou sont anti-cancer, ils ont des recettes, des idées et du succès, ils sont rebelles. Ils meurent quand même. Comme dans les films, parce que souvent la réalité s’éclate à rejoindre la fiction.

 

Ils trustent aussi les premiers rôles dans les séries télé. Les cancéreux ont débarqué sur TF1 avec des bracelets rouges. Il passent de losers pathétiques à dealers de drogues dans Breaking Bad, ou d’ancienne prof des écoles entrée en politique à Présidente des 12 Colonies de Kobol dans le mythique Battlestar Galactica. Ils envoient du bois malgré, ou avec, le cancer.

 

 

 

 Ils sont au boulot, ils ont choppé le cancer avant moi. Ils se font attraper après moi aussi. Merde merde merde crotte.

 

 Il y a une journée mondiale du cancer, enfin contre le cancer.  Entre la journée mondiale des zones humides et la journée mondiale du nutella. Et non ce n’est pas une blague, mais tristement véridique.

Le cancer est devenu tellement normalisé dans notre société.

Bientôt je parie sur l’arrivée du congé cancer, comme le congé maternité. 9 mois de traitement, un kit perruque/anti dépresseur et allez, ça repart!

 

Je devais avoir un sacré filtre anti-cancer avant, parce que ça ne me sautait pas vraiment aux yeux. Je suis devenue un peu sensible sur le sujet. Maintenant ça va mieux, je n’ai plus l’impression que chaque cancéreux trouvé sur mon chemin est une inside joke de la vie.

Regarde -petit clin d’oeil- c’est ce qui t’arrive -sourire en coin- tu croyais pouvoir oublier?

Rendez-vous dans 3 mois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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