
13. La guerre est déclarée
« – Vous avez l’expérience de la guerre, Monsieur Rambo ?
– J’ai vidé quelques chargeurs. »
Rambo 3
J’avais un but. Contenir.
Contenir le bousin le plus longtemps possible. Jusqu’à ce que les enfants deviennent eux-même en plus grand et qu’ils soient lancés loin et bien dans la vie. Jusqu’à ce qu’Eric ait 27 rides à chaque coin d’œil. Jusqu’à ce que le chien marche avec ses pattes à l’avant et des roulettes à l’arrière. Jusqu’à ce que George R. R. Martin finisse d’écrire Games of Throne pour avoir la vraie fin, pas celle des scénaristes hollywoodiens.
J’étais réveillée, et j’avais fêté ça. Il y avait un alignement tripes-cerveau, une chanteuse des années 90 prophète à la radio, et surtout je ne pouvais me satisfaire d’attendre docilement entre 2 IRM que la médecine moderne me soigne à coup de 3 piqûres dans les fesses, une fois par mois. Désignée inapte aux vrais traitements. Non mais merde.
Contenir c’est tenir avec, cum tenere. Il me fallait plusieurs choses:
– en priorité des moyens d’action ciblés, efficaces et crédibles, vérifiés par la science, ou au moins par des témoignages concordants
– des experts en dehors du territoire standardisé de Cancerlandia
– un peu de volonté, de motivation et d’huile de coude
– des alliés pour avoir le moral
– me préparer à revoir la stratégie à tout moment sans me décourager en cas de mauvais résultats
– et aussi des playlists sympas parce que c’est toujours mieux en musique
A priori en décidant d’agir pour contenir, je partais pour un truc assez pérenne, genre tout le reste de ma vie quelle qu’en soit sa durée. Une guerre de tranchées.
Je me suis rendue compte depuis 1 an que pour faire la guerre il faut devenir la guerre.
Nan, ça c’est une réplique de film à la con.
Je me suis rendue compte, depuis que je suis partie en guerre, que je dois régulièrement me mettre bien d’accord avec moi-même et tenir mes propres petits conseils de guerre où je me pose plein de questions.
Jusqu’où je suis prête à aller?
Est ce que je suis prête à me faire un peu violence? A me priver?
A ouvrir mes horizons, secouer mes a prioris, sortir de ma zone de confort?
Est ce que je suis prête à faire des choses que j’aurai jugées complètement ridicules l’année dernière? A entamer un régime de nazi? A m’extraire de mon canapé?
A consulter des médecins bizarres?
A transpirer? A sortir et à arpenter les routes et les sentiers?
Est ce que je suis prête à y croire vraiment? A ne pas essayer, mais à le faire?
Est ce que je suis prête à faire beaucoup d’efforts, à avoir beaucoup de discipline?
Est ce que je suis prête à quitter mon regard ironique et à être sincère dans ma démarche?
A prendre en main mon bien-être psychologique et émotionnel?
Est ce que je suis prête à vraiment me donner une chance?
Déclarer la guerre quand on a un cancer, ce n’est pas se battre contre son cancer.
J’adorerai éclater cette salope de tumeur, la réduire en miettes. J’adorerai traquer ces cellules cancéreuses et les éliminer une à une, puis aller brûler leurs villages. J’aimerai tellement utiliser ma rage et ma colère pour détruire, exterminer. Mais ce n’est pas possible. Ce n’est pas comme ça que ça marche.
Déclarer la guerre quand on a un cancer, c’est se battre avec soi.
Combattre c’est se battre avec, cum battre. Et mon meilleur allié dans cette bataille, c’est moi.

