
11. Clic.
« Tu attends un train. Un train qui va t’emmener loin d’ici. Tu sais où tu espères qu’il te conduira, mais tu ne peux pas en être sûr. Mais tu t’en moques car nous serons toujours ensemble. »
Inception
Il y a quelque chose qui va terriblement mal. Quelque chose qui est parti complètement en vrille, et je n’arrive pas à redresser la barre. Je suis dans un endroit où je ne me sens pas bien, ce n’est pas le bon endroit pour moi.
Il faut que j’agisse, il faut évacuer les enfants.
Mais tout s’enchaîne très vite et je n’ai aucun contrôle sur cette situation. Je subis une succession de rencontres et d’annonces, et pendant ce temps là ma langue est collée à mon palais et je ne peux rien répondre. Je ne peux pas leur dire qu’ils se trompent. Ils se plantent, c’est une mammite, ça va désenfler. Est ce que quelqu’un pourrait leur dire pour moi?
Où est Eric? Est ce qu’il s’occupe des enfants?
Je voudrai me lever de ce fauteuil et sortir de ce bureau mais mes fesses sont engluées, mes jambes ne répondent pas, et ces gens sans visage passent les uns après les autres devant moi avec leurs annonces à la con.
C’est absurde et je ne veux pas les laisser parler, je veux leur fermer la bouche avec mes mains comme ça ils partiront et ils me laisseront tranquille, je pourrai rentrer à la maison. Je n’arrive pas à tout calfeutrer, et les toucher me dégoûte.
Il y en a une qui me dit que j’ai un cancer. C’est un cancer madame. C’est très grave, vous ne pouvez pas guérir. C’est un cancer. C’est un cancer.
Je suis debout dans un champ, je suis seule. J’ai un cancer qui me ronge à l’intérieur.
Je me réveille en sursaut, je me redresse d’un coup.
Mon radio réveil indique 3 heures sur ma droite.
Eric dort sur ma gauche.
Assise dans mon lit en pleine nuit, je comprends que j’ai un cancer. Je l’ai appris il y a presque 3 mois; j’ai vu les résultats, j’ai eu les entretiens. J’ai commencé un traitement.
Mais mes tripes se sont enfin alignées avec mon cerveau, et c’est maintenant que je comprends que j’ai un cancer. Tout ce que j’ai vécu ces dernières semaines prend un autre sens, et je découvre ce mot, cancer, comme s’il était nouveau. Je me le répète plusieurs fois, et il me saisit.
J’ai l’impression que depuis 3 mois on me soignait pour une rhino-pharyngite ou une autre chose de peu d’importance, que je n’avais jamais bien compris ce dont je souffrais.
Et je réalise que je m’étais plantée la tête dans le sable, que je pensais que c’était une erreur, un mauvais rêve. Que j’allais me réveiller. Que je m’étais tellement bien protégée que je m’étais pas permise d’accepter ce qui m’arrivait.
Madame SuperDéni, Contrôle Freak de l’année.
Tout est très clair d’un coup dans mon esprit, et je sais que je ne me mens pas à moi-même. J’ai déjà vécu ça, avant de perdre les eaux pour ma 3ème. Je reconnais ce dialogue du corps avec le cerveau.
Apparemment mon subconscient en a eu marre de jouer à « cache cache- c’est trop dur pour moi » avec mon esprit. Il l’a pris par la main en loucedé pendant la nuit, quand je ne montais pas la garde, et il lui a appris à nager. En le jetant dans la mer sans flotteur.
Maintenant je sais.
Je reste allongée pendant quelques heures et je ne me rendors pas. Je digère. Mon corps a décidé de me faire un 2ème effet kiss cool, et le goût en est très amer.
Mais maintenant je sais, j’ai enfin toutes les pièces du puzzle.
Le lendemain je suis fatiguée de ma nuit pourrie, mais je suis apaisée aussi.
Bizarrement je me sens mieux, et j’y vois clair.

