
1. Genie in the bottle
« Il n’y a pas de coïncidence Delia, seulement l’illusion de la coïncidence… »
V pour Vendetta
Tout le monde connait ce ressort de film de série B à frissons, ce passable roman de gare. C’est un procédé qui est aussi utilisé dans des séries télé.
Le pitch:
Le héros passe un marché avec un génie, le diable, Al Pacino ou tout autre figure d’autorité sulfureuse et corrompue. Le résultat n’est jamais franchement d’équerre avec ses attendus.
Il souhaite devenir riche et il le devient. Car ses parents meurent et il hérite. Foutu accident d’avion.
Il souhaite une promotion et paf il est promu. Car son collègue plus compétent décède. Rhaa le coup du bus qui l’écrase, il aurait mieux fait d’
emprunter le passage piéton.
Il est secrètement amoureux de la fiancée de son meilleur ami et elle court se réfugier dans ses bras peu musclés quand le meilleur pote y passe à la guerre…
Bref.
Voilà, ça m’est arrivé. Il semblerait qu’à un moment j’ai passé un pacte. J’ai souhaité mes 3 foutus vœux. Ou plus.
Je ne sais pas quand c’est arrivé, ni pourquoi.
Donc maintenant j’ai du temps libre. Beaucoup de temps pour voir mes amis, rester au lit le matin, m’adonner à du binge watching sur Netflix et du serial reading sur mon Kindle. Même assez de temps pour créer un punaise de blog.
Je fais une taille 38. J’ai remisé au grenier mes jean T42. A l’aube du printemps et de la période des pubs pour somatéline cosmétic, ça se passe de commentaire.
Encore mieux que la taille 38 without liposuccion, j’ai gagné le ticket anti-bullshit. Je suis la petite chouchoute de tout le monde. Mes amis, ma mère et ma sœur, mon mari, mon docteur, mon autre docteur, et mes 3 autres docteurs aussi. Mes collègues proches et lointains. le voisinage, les parents d’élèves, les profs de mes enfants. TOUT LE MONDE. J’ai zéro embrouille. Le Ticket anti-bullshit mérite un article à part entière.
Seuls mes enfants n’ont pas été prévenus qu’il ne fallait pas me faire chier :).
J’ai adopté un iench. Ça parait bête mais j’en voulais un depuis…pfff … même avant que les bleus fassent grève dans le bus en Afrique du Sud j’en voulais un. Il y avait toujours une raison pour ne pas en avoir un. En plus d’être gentil il est beau. Il est mieux qu’un sac Longchamp, une paire de Louboutin ou un carré Hermès. Il me sublime comme dirait Christina.
Je peux me vanter de faire du sport et de manger très sainement. Je marche, je sue sur mon elliptique, je fais de la baby muscu. Je bois du jus de citron, je mange des avocats, du pudding de graines de chia et des salades de chou chinois. Mes repas sont plus trendy qu’une adepte de photos de porn-food sur pinterest.
Depuis un an je découvre l’Europe. Le monde est à portée de main, bientôt, je serai exploratrice. Je devrais m’ouvrir un compteur de miles.
Mon chéri me laisse la télécommande, le choix des séries télé, des films au ciné, des destinations de voyages, du programme des we et des vacances, et de tout ce que j’aimerai. Il me presse de prendre une femme de ménage. Le choix d’un cadeau qui me fasse vraiment plaisir pour mon anniversaire lui semble essentiel.
Je ne peux plus rien mettre dans le panier Amazon pour y réfléchir un peu sans qu’il ne passe à l’acte. Il est devenu mon petit serial-shopper personnel.
Ma vie est devenue très cool, très douce et très agréable. Je n’ai pas mis les pieds au boulot depuis 15 mois, et même si j’aimais certains aspects de mon travail, ça ne me manque plus maintenant. Mieux qu’un congé mater’.
Je reçois des mails, des lettres et des sms. Des messages whatsApp et des coups de fil. Des compliments et des encouragements. Apparemment je serai un guerrière, une warrior. J’aurai de la volonté, de la force, un mental de Rocky Balboa. Juste pour ce que je vis, ce que je suis. Je n’ai rien accompli.
Voilà.
Il y a un 15 mois j’ai été diagnostiquée d’un cancer du sein stade 4.

