
48. La dissection c’est bon pour la santé
« – Comment t’as perdu ton job ?
– Eh bien… en baisant avec tous les employés du bureau.
– Tous les employés ?
– J’étais très dépressive après la mort de Tommy et il y en avait beaucoup.
– On n’a pas à en parler.
– Merci.
– Combien d’employés ?
– Onze.
– Wow.
– Je sais.
– Je ne vais plus jamais t’en reparler.
– Ok.
– Est-ce que je peux te poser une dernière question ? Il y avait des femmes ? »
Happiness Therapy
L’année dernière, après un bel été et un chouette désassemblage de mes organes reproducteurs à la rentrée, RIP mes ovaires, j’avais décidé de donner un bon coup de boost à mon chantier bien-être émotionnel.
J’y fais souvent référence en le qualifiant de bien bien chiant, car pour moi il représente une petite quarantaine d’années de gestion de mes émotions à rattraper.
Fingers in the nose.
Jusqu’à il y a peu de temps, quand j’étais en bonne santé et que je faisais partie du monde des gens normaux et insouciants, j’avais 3 façons de gérer mes émotions dites négatives:
1: la plupart du temps la dérision, pour à peu près tout. Rapide, ça ne demande pas beaucoup d’effort de traitement.
2: l’explosion de remarques désobligeantes, parfois de colère, plus rarement de larmes. Simple: voilà c’est sorti.
3: la rumination suivie de la noyade via bloc de béton au pied du problème dans mon fleuve intérieur. Efficace. Je fais pareil avec les gens que je n’aime pas: je les efface. Appelez moi Eraser. Un peu comme une super gomme ou un film d’horreur, les deux fonctionnent.
Résultat: mon fleuve intérieur devait être plus pollué que la baie de Hong Kong. Car les choses moches ne disparaissent pas. Elles se dissolvent en plein de microscopiques particules dégueulasses. Et elles se répandent partout. Après tu puises de l’eau tchernobilisée quand tu as soif, et tu finis avec un cancer.
Bon c’était pas vraiment une certitude, mais comme il n’existe aucune vérité arrêtée sur l’origine de mon cancer, il fallait garder l’esprit ouvert et traiter toutes les possibilités. J’ai donc jeté mes déodorants avec sels d’aluminium à la poubelle, ainsi que ma vision étriquée de la vie et de l’univers, pour chercher des réponses.
Après m’être attaquée à mon alimentation, au sport, à la redistribution hormonale dans mon corps, il était temps de me sortir les doigts pour Libérer les émotions refoulées et Cultiver des émotions positives: le chantier bien-être émotionnel.
J’avais bien conscience que mes quelques rendez-vous chez la psy n’avaient pas été suffisants.
Et depuis la magnétiseuse aussi, j’étais un peu trauma pour confier mes petits soucis et mon bien-être aux mains de nouvelles personnes plus ou moins bien intentionnées.
Mais bon, j’avais assez procrastiné, et je n’allais pas me laisser décourager par ma psy enigmatique et une magnétiseuse chelou.
Il fallait crever l’abcès, pratiquer une petite dissection sympatoche et extirper les racines pourries.
J’en ai un peu parlé autour de moi et une amie m’a conseillé un nouveau concept: une coach de vie.
Mais c’est quoi donc? C’est une personne avec qui tu fais un petit bilan, tu dresses des objectifs, et elle t’accompagne sur un nombre d’entretiens déterminé. Elle ne fait pas le boulot à ta place, elle ne te dit pas ce que tu dois faire, mais elle explore avec toi les différentes façons d’y parvenir.
Elle t’écoute, et elle te conseille. Elle te donne des pistes de réflexion, des références de lecture, des exemples imagés. Elle s’investit dans la séance et tu n’as pas l’impression qu’elle fait sa liste de courses pendant que tu parles.
Et en plus t’as droit à une séance gratos pour vérifier que cet accompagnement correspond bien à tes attentes. C’est pas top ça?
Après avoir atermoyé quelques mois, je me suis donc relancée dans un accompagnement axé sur le lien cerveau-coeur-tripes.
J’imagine que le premier entretien pour ce type de suivi n’est facile pour personne. Celui où tu dois expliquer pourquoi tu fais appel aux compétences du spécialiste.
Pour moi c’est un peu comme m’arracher un ongle.
Alors bonjour, voilà j’ai un petit soucis. Vous voyez j’ai un cancer stade 4, et la médecine moderne m’a donné un pronostic de 5 ans à mon diagnostic, soit 4 ans et 2 mois au jour d’aujourd’hui. Comme j’ai 3 trolls à faire pousser, il faut que tout continue comme s’il n’y avait pas de pépin.
C’est joli votre déco, c’est cosy.
Alors évidemment ça produit comme un malaise, aussi je me dépêche d’ajouter que je n’attends pas de la personne qu’elle me guérisse. Je viens pour un objectif précis, j’ai un plan et j’ai besoin de son expertise pour travailler dans tel ou tel sens.
Je suis obligée de faire ça avec chaque soignant que je rencontre, histoire d’enlever un peu de pression et de combler le silence crispé.
Après m’avoir écoutée et questionnée attentivement, et comme elle est plutôt honnête et carrée comme nana, la coach a refusé de commencer l’accompagnement tant que je n’avais pas mis au propre le côté psy et la gestion de la colère. Apparemment j’avais un petit soucis de trop plein de rage. C’est elle qui m’a envoyée vers le médecin chamane pour bosser là-dessus.
Merde. Naaaan, pas le psy!
Mais le médecin chamane n’est pas psy. Il m’a débloquée au cric.
Il pompe longtemps pour soulever la voiture, et paf il dégage la roue crevée. Car au contraire de la psy, il parle beaucoup. Des histoires sur des gens qu’il a accompagné, des livres qu’il a lu, des théories bouddhistes, pleins de trucs qui se mélangent joyeusement. Et là, paf, il te parle de toi.
La petite remarque précise qui désarçonne et interroge. En une séance le mec a ciblé la moitié de mes blocages et me les a pointé sans langue de bois. Soit tu acceptes, tu réfléchis et tu travailles dessus, soit tu te remets la tête dans le sable.
Nan, faire l’autruche c’est finit pour moi. Mes problèmes j’y fais fasse un à un et je les solutionne.
Je l’ai vu une fois par mois, point trop n’en faut, et ça a travaillé sévère à l’intérieur.
J’avais au moins une roue de secours pour avancer.
J’ai recontacté la coach quelques mois plus tard. Les deux approches sont complémentaires et puisque que j’étais en arrêt maladie et que j’avais du temps, je me suis investie à fond. Et c’est parti pour le coaching.
Cette méthode très cartésienne d’accompagnement a absolument ravi mon côté contrôle freak: tu formules une demande globale, des objectifs à atteindre, qui peuvent évoluer en cours de route, on n’est pas des nazis non plus, et en plus tu détermines des indicateurs de contrôle notés de 1 à 10 pour évaluer l’efficacité du bousin. Tout est inscrit sur un contrat d’accompagnement.
Voilà, c’est clair, c’est net, c’est propre. Mon mini Monk intérieur enchaînait les dabs.
Et en plus pendant les séances tu peux faire joujou avec des cartes ou te taper un petit dessiner c’est gagné. Mon côté Joe la déconne s’est donné à fond aussi.
A un moment, j’ai senti qu’il y avait des résultats. Je me sentais mieux, plus sereine, plus optimiste.
J’avais sérieusement attaqué le chantier bien-être émotionnel par le front « Libérer les émotions refoulées », et tant que le fer était chaud, j’allais aussi « Cultiver des émotions positives ».
Ça tombait bien, j’avais justement un lopin de terre fertile rempli de compost pour faire une jolie plantation dans mes tripes, et un nouveau plan en tête.
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