
21. Good Bye mes ovaires
« Viens avec moi si tu veux vivre. »
Terminator 2
Good bye mes ovaires,
Good bye my friends
You were beautiful, you were beautiful to me
Good bye mes ovaires,
Good bye my friends,
You were beautiful, you were beautiful to meeee (trémolos dans la voix)
Et voilà comment on dit proprement au revoir à ses ovaires.
Avec une petite chanson avant l’opération, quand on a le produit anesthésiant qui commence à faire effet, un p’tit coup de masque à oxygène pour planer, et l’équipe médicale qui te regarde chanter. Incrédule. Mais souriante.
Je n’avais pas vraiment prévu de faire une chanson commémorative pour mes ovaires, mais ça m’a semblé judicieux sur le moment.
Quand on m’a diagnostiquée et que j’ai appris que mon cancer était hormono-dépendant, j’ai demandé à mon oncologue de virer toutes les sources d’approvisionnement des hormones. Chirurgicalement.
Je lui ai dit: virez moi le sein, et virez moi les ovaires, virez même l’utérus s’il peut être contaminé par la suite, on ne sait jamais. J’étais prête à ce qu’on m’ampute de plein de trucs pour virer mon cancer. J’étais limite prête à devenir une femme tronc pour être cancer-free.
Mais au stade 4 tu ne peux pas te débarrasser chirurgicalement de ton cancer, même avec autant d’opérations que Michael Jackson, Cher et Donatella Versace cumulées. Parce que le cancer circule partout dans ton corps comme s’il se tapait la croisière en Méditerranée avec l’extension îles grecques.
Donc mon oncologue m’a expliqué très diplomatiquement que ce n’était pas la peine, et qu’une petite piqûre mensuelle ferait très bien l’affaire. OK.
Ça ne m’a pas empêchée de revenir à la charge tous les 3 mois pour réclamer des évolutions de protocole, et demander, très diplomatiquement, si le coût de l’opération était un frein. Est ce que j’étais vraiment une punaise de cause perdue pour la médecine moderne? La piqûre mensuelle coûtait-elle moins cher que l’opération, qui me débarrassait une bonne fois pour toute de mon dealer d’hormones?
Mais non mais non, vous vous faites des idées Madame B…. C’est juste que la piqûre c’est aussi efficace. Moins compliquée. Mieux pour vous.
Et sinon vous ne souhaitez toujours pas d’antidépresseur? Pour être plus détendue (sous-titrage: moins chiante).
Et puis au bout de 6 mois de piqûres anti-hormones certifiées efficaces et meilleures, et une ménopause chimique timidement en place, v’là-t’y pas que je surfais de nouveau sur la vague rouge. Plus coriaces que Terminator, they’re back. Les règles, le retour.
Mon corps, encore plus têtu que moi, avait décidé que la piqûre mensuelle anti-hormones c’était de la gnognotte et qu’il fallait fertiliser le monde encore et encore.
Flûte, c’est ballot.
Il y avait comme une légère tension au rendez-vous à la suite avec mon oncologue.
Ben mince alors, il semblerait que le traitement par piqûre n’ait pas complètement fonctionné nickel pile-poil. Ah, c’est dommage, ceci expliquerait il vos derniers résultats sanguins pas terribles terribles?
Nan, tu crois?
Mais non voyons, que nenni. Cette outrageante réponse sous-dimensionnée à l’immense pouvoir de la médecine moderne n’est qu’un malheureux accident, qui n’arrive jamais. Bon sauf aujourd’hui, mais qu’est ce que ça vaut sur l’échelle infaillible de la statistique médicale?
Surtout, qu’elle n’ébranlasse point vos certitudes, Ô Comité Décisionnel.
Est-ce que je viens de perdre 6 mois de traitement? Est ce que les cellules cancéreuses ont pu visiter de nouveaux coins et décider d’installer de nouveaux campements?
Ne fais pas peur à la gentille oncologue, respire. Non, ne regarde pas ce clavier d’ordinateur qui pourrait se fracasser tellement esthétiquement. Toutes les petites touches voleraient dans l’air comme une jolie pluie de confettis tandis que la base du clavier s’éclaterait bruyamment en deux, avec en fond sonore The Prodigy.
Décision fût finalement prise de sacrifier mes ovaires sur l’autel de l’hormonothérapie. Oui j’en étais bien sûre. Oui il y a des femmes que ça peut gêner mais c’est leur problème pas le mien, vu que moi je réclame cette opération depuis 6 mois.
Je passerai aux croquettes moderate calories comme mon chat, je serai une patiente épanouie avec le poil brillant. Promis
Bref, deux mois et un chouette été plus tard, je me retrouvais donc au bloc.
Pour me détendre pendant la petite piqûre, l’anesthésiste me proposa de penser à la mer. Je lui rétorquai que c’était pas vraiment ma came mais qu’on pouvait parler de la saison 5 de Homeland. Ça tombait bien, elle était fan aussi.
Et lorsque je me suis sentie toute groggy et un peu stupide, le cerveau embué et sur le point de lâcher prise, j’ai pu chanter pour mes ovaires, car j’allais me réveiller sans eux.
Chez les femmes les usines à ovules sont cachées dans les petits recoins de l’intérieur, parce qu’on n’a pas besoin d’être ostentatoires et pendouillantes pour être efficaces.
On fait des choses de dingue sans même s’en rendre compte, on produit des ovules chaque mois, on accueille des petits réfugiés politiques et on leur dit: allez, un dernier effort, tu as fais une belle course, oui c’est vrai c’était dur, quel champion tu es. Je te propose une fusion suivie de 9 mois nourri logé blanchi, pendant lesquels je fabriquerai un être humain. En toute simplicité.
Les gars, je n’avais jamais pensé à vous auparavant.
Bravo, vous pouvez être fiers. Vous m’avez donné les Trolls, vous avez fait du sacré bon boulot. Vous avez été de vaillants petits ovaires.
J’espère que tout va bien pour vous au paradis des bouts de corps qui ne sont plus utiles, avec les appendices et les dents de sagesse.
Vous méritez bien une minute de silence. Ou une chanson.

