
2. Sous les décombres de ta vie
« C’est l’histoire d’un homme qui tombe d’un immeuble de 50 étages. Le mec, au fur et à mesure de sa chute, il se répète sans cesse pour se rassurer : « Jusqu’ici tout va bien… Jusqu’ici tout va bien… Jusqu’ici tout va bien. » Mais l’important, c’est pas la chute. C’est l’atterrissage. »
La Haine
Quand on apprend qu’on a très certainement un cancer, il y a comme un moment de clarté. Il faut mettre ses affaires en ordre. Il faut se mettre en ordre de marche.
Il faut prévenir les autres.
Il faut aller aux rendez-vous.
Il ne faut pas pleurer.
Il ne faut pas regarder Doctissimo.
Il faut être forte pour ses enfants, son mari, sa mère et ses proches.
Il faut envisager toutes les solutions.
Il ne faut pas paniquer.
Il faut comprendre ce que le médecin explique.
Quand tu comprends que t’as vraiment un cancer, il faut être encore plus forte.
Il faut prévenir les autres.
Il ne faut jamais, jamais regarder le site de la Société du Cancer Canadien. C’est le pire.
Il faut attendre les examens, passer les examens, attendre les résultats d’examens.
Il faut consoler ton mari, ta mère et faire bonne figure auprès de tes enfants.
Il faut comprendre ce que dit le médecin.
Il faut attendre les résultats d’examens.
Il ne faut pas craquer.
Il faut arrêter de lire ces blogs de cancéreuses, vraiment.
Il faut que ces foutus résultats arrivent.
Il ne faut pas faire de bruit quand tu craques, finalement.
Il ne faut pas que cette crise d’hystérie dans la douche se répète.
Il faut continuer de manger, dormir, respirer et plier le linge.
Et quand j’ai eu les résultats, les foutus résultats, il a fallu trouver une force que je ne pensais pas avoir.
Il a fallu ne pas défoncer le bureau de l’oncologue, ne pas la secouer jusqu’à ce qu’elle ait une commotion cérébrale, il a fallu partir sans mettre à sac la salle d’attente et le secrétariat.
Il a fallu prévenir les autres.
Il a fallu comprendre ce que c’était le stade 4. Vraiment comprendre.
Il a fallu un temps d’assimilation pour me prévenir moi-même.
Il a fallu comprendre ce qu’avait dit le médecin.
Il a fallu que je me retire très loin à l’intérieur de moi-même pour vivre pendant quelques jours avec un visage qui n’était plus moi et ce corps qui m’avait échappé.
Il a fallu comprendre que je m’étais trahie et que mon pire ennemi, c’était moi.
Il a fallu prendre les choses en main.
Il a fallu décider d’aller voir d’autres médecins, demander d’autres avis.
Il a fallu aller voir un psy.
Il a fallu faire un plan d’attaque.
Il a fallu changer d’alimentation, commencer le sport et voir des spécialistes.
Il a fallu voir les quatre saisons de Battlestar Galactica.
Il a fallu choisir de croire en moi, en la médecine et d’avoir de l’espoir.
Il a fallu bouffer beaucoup d’avocats.
Il a fallu que je me donne une chance et que je vois loin.
Il a fallu refuser de rester dans ce trou, asphyxiée, et il a fallu sortir des décombres.
Après tout ça il a fallu commencer à reconstruire.

