
17. 5 à 7
« – Je peux vous aider à traverser la rue ?
– NON…
– Je peux vous aider à traverser votre jardin?
– NON…
– Je peux vous aider à traverser… votre couloir ?
– NON…
– Mais il faut bien que je vous aide à traverser quelque chose !!«
Là-haut
Il y a 5 étapes pour faire un deuil. Ou 7. Il n’y a pas vraiment de consensus sur le nombre. Grosso merdo c’est 5 à 7.
Et non, ça ne sera pas un billet coquin.
En tout cas vraisemblablement un deuil ça se fait en pleins d’étapes. C’est comme fabriquer un spaceship Star Wars en légos. Monter un meuble Ikéa. Ou retapisser des murs.
C’est long et fastidieux.
Il faut enlever la vielle tapisserie à coup d’eau chaude savonneuse et d’huile de coude et bien arracher les tout petits lambeaux. Il faut lisser les murs avec de l’enduit, poncer, peindre une sous-couche, et finalement, finalement, retapisser. Ce qui prend du temps et demande de la précision aussi. Quand t’as enfin fini, tu maudis le papier peint, le vieux et le neuf, le marché du papier peint en général et Véléda en particulier.
Maintenant chez moi c’est peinture, la tapisserie c’est fini.
A un moment j’ai compris que j’étais en plein processus de deuil. Indices en 3 mots: choc, déni, colère.
Réponse: la très mauvaise fin de How I met your mother? Aussi. Mais présentement, la bonne réponse est: punaise je suis en deuil. Tadammm!!
Comme je suis un peu lente à la détente j’ai mis de nombreux mois à m’en apercevoir.
Donc je suis en deuil de moi-même, de cette personne que j’avais imaginée devenir et qui ne sera pas. D’un futur que je m’étais grossièrement élaboré depuis toujours. J’avais les grandes lignes. Ben fallait revoir la copie.
Au moins je n’ai plus à m’inquiéter pour ma retraite, la restriction en eau qui nous tombera dessus un jour ou l’autre, et avoir Alzheimer comme ma grand-mère.
Quand j’ai fait des petites recherches sur les différents modèles du travail de deuil, j’en ai trouvé un qui collait pas mal. Déjà il est en 5 étapes, et 5 c’est mieux que 7. Perso je préfère. Et il est bien bien transférable à ma situation.
Sur la page Wikipédia Travail de deuil, Élisabeth Kübler-Ross, je cite, « distingue « cinq phases du deuil » (Five Stages of Grief) dans le cas d’une maladie terminale, mais également la mort d’un être cher, une séparation, et toute forme de perte catastrophique :
– le déni (Denial). Exemple : « Ce n’est pas possible, ils ont dû se tromper. »
– la colère (Anger). Exemple : « Pourquoi moi et pas un autre ? Ce n’est pas juste ! »
– le marchandage (Bargaining). Exemple : « Laissez-moi vivre pour voir mes enfants diplômés. », « Je ferai ce que vous voudrez, faites-moi vivre quelques années de plus. »
– la dépression (Depression). Exemple : « Je suis si triste, pourquoi se préoccuper de quoi que ce soit ? », « Je vais mourir… Et alors ? »
– l’acceptation (Acceptance). Exemple : « Maintenant, je suis prêt, j’attends mon dernier souffle avec sérénité. »
A priori je me suis fait un mash-up des étapes Colère et Déni, saupoudrés de Choc, parce que j’ai l’impression de les avoir ressentis de façon un peu mélangée pendant pas mal de temps.
Référence à mon subconscient qui m’a réveillée à coup de pied au cul, mes errements dans Brouillardland et mes fantasmes de défonçage d’ordinateurs sur des crânes d’oncologues.
Et là je pense que je suis en pleine phase de Marchandage.
Si je mange bien comme il faut, que je fais du sport tout plein, que je vois des tas de médecins, et que je me persuade moi-même… dis, tu me feras tenir 10 ans? Allez quoi, fais pas le rat, file moi les 10 ans… Je te donne le CD de Mariah Carey en échange. Nan, t’en veux pas?
Cette étape me convient bien, j’aime bien marchander.
Par contre les étapes suivantes ne me font pas du tout, du tout envie.
La Dépression. Personne n’a envie d’être en dépression. Tiens, j’avais envie d’essayer un peu de nouveauté, je me suis dit pourquoi pas une petite dépression à juxtaposer sur mon cancer? Ça donnerait un genre, non?
Parce qu’en plus d’avoir une date de péremption, faut se taper une dépression?
J’ai lu qu’il y a des gens qui restent bloqués à cette étape, ils ne trouvent pas la sortie.
Mais le pire c’est l’Acceptation.
Accepter ça ne fait pas partie de mon vocabulaire à la base. Mon deuxième prénom c’est Opposition.
Est ce que tout le monde est soumis au même modèle du deuil, on le vit tous pareil?
Est ce que connaître les étapes à venir ça peut te permettre de les éviter?
Est ce que je peux ignorer Mme Kübler-Ross, la Cassandre des malades en phase terminale?
Ben oui. Watch me.
Si je marchande assez bien et assez longtemps, ça peut le faire.
Hein?

