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56. Pique et Pique et Zombiegram

 

 

 

« Tu as repris ta taille normale, et c’est une bonne taille, c’est une taille idéale, c’est la taille parfaite, c’est la taille d’Alice, c’est la taille qu’il faut. »

 

Alice au pays des merveilles

 

 

 

Apparemment je n’ai pas encore passé une journée assez horriblement étrange car je décide d’aller récupérer cette punaise de tête. C’est la mienne, merde!

 

Je m’élance sur des jambes tremblotantes et je m’engouffre à la suite du lapin dans le tunnel. Il y fait sombre et j’ai du mal à percevoir ce qu’il y a devant moi. Et non je ne me poserai pas la question de savoir comment j’y vois, moi qui suis super myope, sans ma tête. Tout est est déjà trop bizarre.

 

J’avance à tâtons le long du mur, et le plafond semble s’affaisser au fur et à mesure de ma marche. Il est super long ce tunnel. Je me courbe de plus en plus, pour ne pas me cogner la… nuque, et je finis à quatre pattes. Je suis oppressée, j’ai envie de faire demi-tour, mais j’aperçois une petite lumière vacillante au loin qui me remotive et je continue à ramper. Mes mains qui étaient semi poisseuses de sang sont maintenant recouvertes de terre, mes coudes et mes genoux également, et je me débarrasse de ma doudoune qui entrave mes mouvements.

 

Je distingue mieux la lumière maintenant, c’est une lanterne suspendue au dessus d’une toute petite porte. Je n’arriverai jamais à y passer, c’est une porte taille nain de jardin, et même diminuée je suis encore trop grande et trop large.

Devant la porte il y a une boite à gâteaux en métal, et mon prénom est écrit dessus en lettre enfantines et rouges. Qu’est-ce qu’il y a là dedans? J’espère ne pas y trouver mes oreilles ou mes dents, j’ai l’impression de vivre un mauvais remake de Seven.

 

Allez ma vieille, du nerf.

 

Je choisis d’ouvrir la porte en premier, la poignée tourne facilement et je passe une main. Je tâtonne pour essayer de trouver un mécanisme d’ouverture de l’autre côté, ou un objet qui pourrait m’aider. Ma main doit ressembler à La Chose de la famille Adams comme ça, et lorsque cette pensée me traverse l’esprit je retire soudainement ma mimine pour la plaquer contre moi. On ne me coupera pas deux membres aujourd’hui.

 

J’exhale un souffle tremblant.

 

J’ouvre la boite à gâteaux et malheureusement elle n’est pas garnie de cookies aux pépites de chocolat et nougatine. J’y découvre deux grosses seringues avec écrit « fesse droite » sur l’une et « fesse gauche » sur l’autre. Une carte de visite les accompagne avec une simple consigne:

 

« Pique-toi ».

 

 

Ockayyyy. Ok, ok, ok. Là ça devient un peu trop hard-core. J’aime bien ma tête, bon j’aurais préféré un nez plus fin, arranger un peu ces pommettes, des yeux plus grands, mais bref… dans l’ensemble elle est correcte. Mais est-ce que je suis prête à m’injecter une substance inconnue pour aller la récupérer?

 

Je pourrais peut-être faire sans, ou trouver un médecin spécialisé en têtologie? Me faire fabriquer une super belle tête sur mesure?

 

Si je rampe en marche arrière, j’arriverai à faire demi-tour au bout de quelques mètres. Je sors du tunnel, et là-bas je retrouve.. ma voiture. Oui c’est ça, je pense que j’ai laissé ma voiture. Avec je repars… je ne sais pas où. Tout est un peu confus, je n’arrive pas à me souvenir. Il y a quelque chose d’important qui m’attend. Enfin je crois.

 

Il y aura bien quelqu’un pour m’aider. Ils me trouveront une solution.

 

Je ne sais plus. Je fixe la boite avec les seringues, et je me creuse les méninges qui m’ont désertée pour me rappeler ce qu’il y avait avant le tunnel, avant la voiture, avant que ma tête ne s’enfuit.

 

De la bossa nova. Nan?

 

Punaise. Il faut prendre une décision, et personne n’est avec moi pour jouer à chifoumi. Je n’ai pas de pièce pour me faire un petit pile ou face. Il me reste am stram gram.

Je veux vraiment jouer ma vie sur un résultat d’am stram gram? Soupir.

 

 

J’abaisse mon jean, j’attrape une seringue et je pique. Huumpf. Je presse pour faire rentrer la totalité dans mon muscle fessier, et merdoum ça fait mal et c’est interminable. Je répète l’opération de l’autre côté et me rhabille. Voilà, c’est fait.

Et maintenant quoi?

 

 

J’attends. Il ne se passe rien.

 

Nan mais je suis vraiment débile, pourquoi est-ce que je me suis piquée? J’ai les fesses qui me lancent.

Je suis trop nulle, je vais devenir une camée, je vais faire une allergie et je vais gonfler, je vais devenir un objet d’expérimentation, on m’exhibera sur des vidéos youtube, la femme sans tête junkie avec un cul de Kardashian…

Ça y est je fais un mauvais trip. Tout tourne autour de moi, j’ai des sueurs froides, les murs s’éloignent et je me sens aspirée vers le sol. Je ne peux pas lutter contre la force de gravitation surpuissante qui me pousse et me plaque et me broie.

Aaaaah! Un cri s’échappe de mon corps et je suis tellement surprise d’entendre ma voix que je me redresse d’un coup. Je me rends compte que je n’ai pas parlé depuis mon petit incident, aka la décapitation.

J’ai retrouvé ma voix!  Je fais quelques vocalises en tournant sur moi-même, le tunnel me parait beaucoup plus spacieux. Et la porte est à ma taille maintenant. La vache, je dois halluciner grave à cause des piqûres.

 

 

 

Gardons l’esprit pratique. Tant que je peux, je passe la porte.

 

 

De l’autre côté je découvre une grande pièce avec des meubles surdimensionnés. Il y a un bureau, un canapé en velours cramoisi et deux fauteuils. Une table basse. Le tout à une échelle de géant. Et il y a une vraie échelle, à ma taille, appuyée contre le canapé. Je la grimpe pour avoir une meilleure vue d’en haut tout en grommelant contre ce délire de porte trop petite et de meubles trop grands. Les gens ne savent plus quoi inventer pour personnaliser leur intérieur.

 

Arrivée sur le sofa, je m’aperçois qu’il y a une femme assise au bureau. Elle se lève et s’avance vers moi, elle est habillée tout en bleu: tailleur pantalon bleu marine, escarpins bleu indigo, mèches bleues turquoises dans ses cheveux blonds et même le teint de sa peau est légèrement bleuté. Elle s’assoit sur le fauteuil en face de moi, inhale un bon coup sa cigarette électronique, me fixe de ses yeux bleus azur et me dit en expirant la fumée:

 

 

« De quoi souhaitez-vous parler pour cette séance? »

 

 

 

 

 

 

 

 

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