40-59,  Anciens billets,  ZombieLand

57. What’s in your head, in your head, Zombie, zombie, zombie-ie-ie, oh!

 

 

 « – Mais je n’ai aucune envie d’aller chez les fous !
   – Oh ! vous ne sauriez faire autrement, tout le monde est fou, ici… »

 

Alice au pays des merveilles

 

 

 

La dame en bleu est élégante, imposante, et à la bonne taille pour les meubles géants, tandis que je suis une nabote crado. Sans parler de mon petit soucis de haut du corps raccourci. Je me sens complètement inadéquate sur le beau sofa cramoisi.

 

En plus j’ai mal au fondement.

 

Qu’est ce qu’elle vient de me dire?

 

 

– Pardon?

– Et bien, qu’avez-vous en tête? De quoi souhaitez-vous parler aujourd’hui? répète t’elle.

– Heu, je ne sais pas, tout est un peu confus.

– C’est bien normal au vu des circonstances.

 

 

Si je pouvais je lèverai les yeux au ciel. En l’état des choses je contiens un soupir d’agacement. Je peux peut-être obtenir des infos.

 

Big schtroumphette-woman tire encore longuement sur sa cigarette qui sent plutôt le cannabis que le tabac, je me demande si elle n’est pas la plus droguée de nous deux.

Elle est entourée d’un halo de fumée de plus en plus épais, ça me piquerait mes yeux de taupe s’ils étaient là.

 

 

– J’ai des questions: je cherche ma tête qui a été kidnappée par un lapin bizarre, il a limite un look de psychopathe. Vous le connaissez? Je dois le retrouver.

– Vous pensez qu’il aurait des réponses?

– Peut-être. Je pense que les réponses sont surtout dans ma tête. Enfin j’espère. Que me conseillez-vous?

– Et bien, il faut que vous gardiez la tête froide.

 

 

Ok. Super conseil. C’est vrai après tout, pas de quoi s’énerver. Nan, vraiment. Je suis tombée sur une championne qui ne m’épargnera aucun jeu de mots sur ma tête.

Un petit rire hystérique m’échappe.

 

 

 – Si je récupère ma tête, comment je peux recoller les morceaux? Qu’est-ce qui m’attend après? Et puis comment je fais pour être encore en vie sans tête?

– Hhumm huum. Ce sont de bonnes questions. Et vous qu’en pensez-vous?

– J’ai dû mal à penser là tout de suite. Je ne suis plus sûre de rien, et j’ai comme un trou de mémoire persistent.

– Oui je vois. … C’est gênant en effet.

– Mais on est où là?

– C’est tout pour aujourd’hui. On se revoit le mois prochain. On a bien avancé, n’est ce pas?

– Quoi? Mais vous n’avez répondu à aucune de mes questions!

 

 

Dans un tourbillon de smog marijuanesque, la grande bleue se lève et déploie des ailes de papillon. Elle les bat fortement ce qui a pour effet de me renvoyer toute la fumée à  la gorge.  J’ai une bonne quinte de toux, je cherche à inspirer un peu d’oxygène mais.. ben voilà quoi, c’est compliqué. Elle s’accroupit sur le rebord de la fenêtre, et me dit avant de s’élancer:

 

– Prenez un kleenex.

 

 

Elle s’envole et disparaît rapidement à coup de puissants battements d’ailes dans l’immense forêt qui borde son bureau.

 

Bizarrement la fumée s’intensifie malgré son départ, l’odeur devient âcre et difficilement supportable. Je tousse de plus en plus. C’est quoi encore cette histoire de kleenex? Ils sont posés sur la table basse, qui parait située au moins à cinq mètres de moi. Inaccessible. Je descend l’échelle et la transporte jusqu’à la table. Je l’adosse et je commence à grimper. Mes muscles sont douloureux partout et j’aimerai juste me rouler en boule et dormir. Avec un Advil et deux verres de vin s’il vous plait.

Je me hisse sur la table basse et j’arrache un kleenex du paquet, tant qu’à faire j’en recouvre mes épaules pour me protéger de la fumée qui est maintenant tellement épaisse que je n’aperçois plus la fenêtre, et à peine le bureau. Bon je fais quoi maintenant?

 

 

J’essaie de voir s’il y a une autre sortie que la fenêtre, une porte peut-être, mais je me rends compte que le sofa derrière moi est en train de disparaître. De vraiment disparaître. Il n’est pas caché par la fumée mais se transforme littéralement en lambeaux de fumée.

 

Je dois agir immédiatement, je n’ai pas le temps d’hésiter et de me poser des questions sur l’agencement débile de ce bureau sans sortie.

 

 

Je noue le kleenex géant fermement autour de ma taille et je descends rapidement de la table basse. Je prends l’échelle sous le bras et me dirige tant bien que mal vers la fenêtre. Je contourne le bureau et passe devant  une poubelle et un éphéméride posé par terre. Sur une impulsion j’en arrache la première page au passage.

J’adosse l’échelle au mur, je fourre le papier en boule sous mon pull, et je recommence à grimper. Punaise je n’ai en aucun cas la condition physique pour survivre à  tout ça, mes muscles me brûlent et je tremble à  nouveau. J’espère que l’échelle sera assez haute pour m’amener jusqu’à la fenêtre.. mais non évidemment.

Je suis comme un gland sur son chêne sur le dernier barreau de mon échelle et il me reste presque deux mètres pour atteindre le rebord de la fenêtre.

 

 

Le bureau derrière moi se transforme en lambeaux de fumée. Punaise je vais disparaître. Je vais mourir comme une andouille sur mon échelle trop courte, parce que je suis trop petite, trop bête. J’avais bien envisagé une crémation pour le dernier chapitre de ma vie, avec de la musique, quelques larmes et des sourires, du champagne et les gens que j’aime réunis pour célébrer l’instant présent et l’envie de vivre. Pas comme ça, pas toute seule dans cet endroit stupide.

Je suis en colère, tout est tellement idiot et sans queue ni tête, je vais en pleurer de rage. J’ai peur. Je suis paralysée par mon trop plein d’émotions.

 

 

 

– Tu pourrais sortir, ou tu pourrais partir… en fumée. L’un ou l’autre. De toutes façons bientôt tu ne seras plus là, me susurre une drôle de voix à l’oreille.

 

Je pousse un cri strident et je sursaute tellement fort que je manque de tomber de l’échelle.

 

– Hein? Qui est là?

– Utilise ta tête voyons. Mouche toi.

 

 

J’explose de rage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4 commentaires

  • Blanche-BT

    Bonjour,

    Ou nous emmènes tu avec Alice ? Pourquoi cette course folle ? Quel message se cache derrière Alice ? J’aimerai être la théière pour partager avec toi un moment de calme. J’espère que tu vas bien.
    Dans quelques heures nous fermerons la porte de 2018 pour ouvrir celle de 2019, cette nouvelle inconnue. Je te souhaite très sincèrement une très belle année 2019 pour toi et les tiens.
    A bientôt.

    • J'arrive dans 5 minutes

      Coucou Blanche, merci pour tes vœux, je te souhaite également à toi et tes proches le meilleur pour l’année à venir.
      Pas d’inquiétude pour Alice, juste une petite fiction qui me décharge des trucs macabres.
      des bisous

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